Il y a Abboudiyyé, à 8 heures du matin, le poste-frontière libanais du Nord, ses fonctionnaires traîne-babouches, ses femmes-au-bébé qui ont élevé la mendicité au rang de véritable métier, avec syndicat et maris qui matent à la clé les ordinateurs qui n’existent toujours pas, les fiches qu’on «scribouille» à la main, les mouches à merde, les klaxons. Il y a l’autoroute de Hama et son aire de repos, le pauvre boy et ses kleenex qui attendent à la sortie des urinoirs tout jaunes, les tables à l’ombre, les balançoires tout près, une famille qui déjeune, les enfants qui braillent, heureux, il fait beau, la labné est bonne. Il y a Alep un jour de Pâques, des familles qui sortent de l’église, sapées comme pour un dimanche de fêtes, le rendez-vous est dans deux heures, alors il y a les magasins de fringues, les charrettes de prunes vertes, acides et juteuses juste ce qu’il faut, le café au bord de l’eau, les Aleppines en hijab et ultramaquillées, pas de madeleine proustienne ici, juste une narguilé à la pomme, en attendant d’attaquer le boulot, il y a une certaine douceur de vivre à Alep, c’est très vert, sauf que, pour en sortir, c’est la croix et la bannière, aucun autochtone ne vous indique le même chemin. Il y a Deir-el Zor, au plus profond de la Syrie, la tempête de sable n’a pas eu lieu, les ruelles qui suintent, problème de canalisations, les étals de bouchers donnent sur la rue, ça grouille, les jeunes sont gominés, les pharmacies sont grises tellement on y fume, l’église arménienne est belle, toute empreinte de ferveur, de mémoires. Il y a la route jusqu’à Margadeh, elle est en excellent état, comme toutes les autres d’ailleurs, elle est parsemée, chaque cinq kilomètres, de villages hallucinants, moyenâgeux, tout est brun et ocre, le tannour, en plein milieu de la «place du village», donne un pain un peu épais, certes, mais tout chaud, tout bon, les chiens sont terrorisés par les voitures, et les moutons, ah! les moutons, ils sont partout, partout. Il y a Margadeh et son mémorial, tout autour, les petites montagnes de sable, lost highway. Il y a Palmyre, ses pierres, ses traces… Il y a Damas, enfin, son chemin a été relativement long et ardu, mais ça, c’est une autre histoire…
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a Abboudiyyé, à 8 heures du matin, le poste-frontière libanais du Nord, ses fonctionnaires traîne-babouches, ses femmes-au-bébé qui ont élevé la mendicité au rang de véritable métier, avec syndicat et maris qui matent à la clé les ordinateurs qui n’existent toujours pas, les fiches qu’on «scribouille» à la main, les mouches à merde, les klaxons. Il y a l’autoroute de Hama et son aire de repos, le pauvre boy et ses kleenex qui attendent à la sortie des urinoirs tout jaunes, les tables à l’ombre, les balançoires tout près, une famille qui déjeune, les enfants qui braillent, heureux, il fait beau, la labné est bonne. Il y a Alep un jour de Pâques, des familles qui sortent de l’église, sapées comme pour un dimanche de fêtes, le rendez-vous est dans deux heures, alors il y a les magasins de fringues,...