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Actualités - Reportages

Kheghtamah, la mémoire d'un peuple

C’est une histoire que connaît chaque Arménien, Kheghtamah, un poème, narré, déclamé, répété, chuchoté, transmis de génération en génération, comme un indispensable héritage, un invisible cordon de chair et de sang… Lorsque vous l’écoutez, sous le soleil du désert de Margadeh qui cogne et qui cogne, raconté, comme un conte de fées, par ces trois jeunes étudiants, leurs voix qui se mêlent, leurs sourires, leurs émotions, il y a comme quelque chose qui s’arrête, toutes les tragédies antiques qui ressuscitent, l’histoire d’une femme, l’amour d’une mère, les êtres humains, une imminence… Quarante personnes se cachaient dans une cave de Deir el-Zor, en 1913, les Turcs étaient proches, très proches, et aucune lumière dans la cave, du noir, juste le noir. Un nouveau-né qui pleurait, qui ne s’arrêtait pas de pleurer, tout le monde qui craignait que les Turcs ne l’entendent, il avait tellement faim, et sa mère qui ne pouvait pas l’allaiter, elle n’avait pratiquement rien mangé depuis des jours. Quelqu’un a dit qu’il fallait le tuer, sinon les Turcs viendraient, tout le monde mourra, et le bébé qui continuait de pleurer, interminablement, et puis deux mains, on ne sait lesquelles, on ne sait comment, qui se sont posées sur son cou, qui l’ont étranglé, il est mort, les trente-neuf autres Arméniens, alors, ont survécu, et la mère, une fois dehors, qui courait, jour et nuit, sans cesse, dans les rues de Deir el-Zor, elle pleurait, elle hurlait : «Je suis folle, folle, j’ai tué mon bébé, je l’ai tué de mes propres mains». Elle a sauvé les siens, les autres, elle a tué son bébé.
C’est une histoire que connaît chaque Arménien, Kheghtamah, un poème, narré, déclamé, répété, chuchoté, transmis de génération en génération, comme un indispensable héritage, un invisible cordon de chair et de sang… Lorsque vous l’écoutez, sous le soleil du désert de Margadeh qui cogne et qui cogne, raconté, comme un conte de fées, par ces trois jeunes étudiants, leurs voix qui se mêlent, leurs sourires, leurs émotions, il y a comme quelque chose qui s’arrête, toutes les tragédies antiques qui ressuscitent, l’histoire d’une femme, l’amour d’une mère, les êtres humains, une imminence… Quarante personnes se cachaient dans une cave de Deir el-Zor, en 1913, les Turcs étaient proches, très proches, et aucune lumière dans la cave, du noir, juste le noir. Un nouveau-né qui pleurait, qui ne...