Un vieux fléau qu’on croyait enrayé revient en force. La tuberculose qui a fauché tant de vies dans le passé tout en inspirant d’immortelles plaintes littéraires et musicales, cette implacable ennemie du genre humain, a déjà fait des centaines de morts en Russie et en Amérique du Nord (New York) depuis quelques années. Rendu public, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, daté du vendredi 24 mars 2000, durant sa réunion à Amsterdam, informe que la tuberculose résistante aux médicaments est en constante augmentation partout dans le monde, confirmant ainsi les pires craintes des spécialistes. Le directeur général de l’OMS, le Dr Gro Harlem Brudtland, n’a pas hésité à rappeler que «cette maladie, véritable fardeau pour les États et les individus, équivaut dans bien des cas à une sentence de mort...». Le rapport de l’OMS fut présenté à la clôture d’une conférence organisée, conjointement, avec la Banque Mondiale, autour du thème «La tuberculose et le développement durable». Cette conférence organisée à Amsterdam à l’intention des vingt pays les plus touchés par le retour de ce fléau, regroupant plus de 80 % des personnes atteintes, était entièrement axée sur l’examen exhaustif du problème et la recherche de moyens permettant d’y faire face. Le rapport de l’OMS expose analytiquement la situation prévalant dans 72 pays soulignant, avec insistance, l’urgence d’une prise de conscience mondiale et la mise en œuvre de programmes adéquats. Un accord de partenariat global a été conclu entre les vingt pays participant à la conférence en vue de mettre sous traitement 70 % de leurs malades, d’ici l’an 2005, et ceci sans attendre d’aide extérieure. Si les pays touchés déjà n’interviennent pas rapidement, les souches résistantes, nées de la mauvaise utilisation des médicaments, vont continuer à proliférer et une nouvelle maladie résultera de cette mutation contre laquelle les médicaments, efficaces aujourd’hui, n’auront plus aucun effet. Il semble d’ailleurs que depuis 1996 la résistance à un de ces médicaments a augmenté de plus de 50 % en Allemagne et au Danemark et elle a carrément doublé en Nouvelle-Zélande. Il est à signaler que dans ces trois pays, les malades nés ailleurs (non natifs) sont deux fois plus exposés que les natifs au risque d’héberger une souche du bacille résistante aux traitements en vigueur. Ce qui sous-entend le danger que représente l’immigration de la main-d’œuvre étrangère. À ce propos, le responsable de la lutte contre la tuberculose, le Dr Kochi, estime que le dépistage systématique auprès des immigrés n’apporterait pas une réponse efficace à ce risque. L’unique mesure susceptible de combattre ce danger, c’est d’aider les pays d’origine à renforcer leur lutte contre ce mal par des programmes plus efficaces que ceux dont ils disposent actuellement, estime-t-il. Déjà, dans certains pays d’émigration, le bacille de Koch a développé une résistance marquée contre trois des médicaments antituberculeux. Le rapport de l’OMS signale ce fait en précisant que la situation est «préoccupante» dans certaines régions de la Chine, de l’Inde, de la Mozambique, mais aussi en Iran et en Russie. Le risque à craindre justifie pleinement la mobilisation de l’OMS. Si cette tuberculose «multirésistante» gagne d’autres pays et s’étend dans le monde, ce sera une impardonnable imprévoyance que l’humanité entière risque de payer très cher. Traitement sous surveillance Lancé au milieu des années 90, un traitement de la tuberculose de brève durée, sous surveillance médicale, s’avère efficace dans 80 % des cas. Cependant seul un pourcentage de 21 % des malades en bénéficient, car ce traitement doit être administré quotidiennement, sous supervision médicale, ce qui oblige le patient à des déplacements quotidiens parfois astreignants. À Cuba et au Népal, où un essai a été entrepris de manière parfaitement satisfaisante, un programme basé sur ce nouveau traitement a permis une régression notable de la tuberculose. Les résistances ont diminué de 75 % en Chine, dans les régions où ce programme a été également appliqué. La situation actuelle dans le monde justifie parfaitement une mobilisation générale. Car certains traitements dits de «seconde ligne», tout en étant vingt fois moins efficaces que les premiers utilisés, coûtent cent fois plus chers. Le traitement, donc, lancé par l’OMS mérite une attention toute particulière. D’après le représentant de Médecins sans frontières, à la réunion de l’OMS, à Amsterdam, Dr Bernard Pecoul : «Si aucune mesure n’est prise, la tuberculose risque d’avoir un effet “boomerang” dans les pays riches. L’épidémie qui a touché New York en 1991, a-t-il dit, a fait plus de 500 morts et a coûté plus d’un milliard de dollars». À signaler que le traitement de brève durée proposé par l’OMS ne coûte que onze dollars par malade. De quoi donner à réfléchir aux opposants de sa généralisation la plus vaste.
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