Les habitants des villages tchétchènes du district d’Ourous-Martan (sud de Grozny) ont voté hier sous la pression des militaires et de l’administration prorusse.De petits groupes d’électeurs se sont rendus vers les bureaux de vote dans les villages de la région, mais la participation paraissait dépendre directement de la présence dans ces localités des militaires russes. Dans les villages les plus petits, où les militaires étaient absents, la participation au scrutin était quasiment nulle. Des officiers venaient cependant parfois en blindé installer des urnes portatives sur les places de villages, sommant la population de venir voter. Ailleurs, le scrutin se déroulait sous la pression directe de l’administration prorusse et des militaires omniprésents. «Je vais voter pour ne pas avoir de problèmes avec mon emploi, on nous a dit que les listes des votants seraient remises aux commandants militaires», a déclaré une institutrice tchétchène d’une trentaine d’années désirant garder l’anonymat. Dans son village, des blindés russes étaient postés à chaque coin de rue et des hélicoptères survolaient la zone en permanence. Selon un responsable de l’administration d’une localité du district ayant requis l’anonymat, tous les chefs de village ont été rassemblés récemment à Ourous-Martan par les militaires. Un officier russe leur a dit : «Plus il y aura de gens qui viendront aux urnes et plus il y aura de gens qui voteront pour Poutine, moins la population locale aura de problèmes avec les militaires», a raconté le responsable. Quant au mufti tchétchène (prorusse) Akhmad Kadyrov, il est intervenu samedi soir sur la télévision locale, appelant la population à se rendre aux urnes. «Allez voter, cela vaut mieux que de vous faire remarquer comme des gens ayant une opinion négative de la Russie, ce qui pourrait vous causer des problèmes», a-t-il déclaré. «Les Russes ont déjà choisi leur président depuis longtemps, alors mieux vaut aller voter vous aussi», a-t-il ajouté, évoquant les 55 % d’intentions de vote dont a été crédité le président russe par intérim Vladimir Poutine dans les derniers sondages effectués en Russie. Rares sont ceux qui osaient braver ouvertement ce qui a été perçu comme un appel à voter pour M. Poutine, le partisan acharné de la guerre en Tchétchénie (Caucase du Nord). «Ni moi ni aucun membre de ma famille n’irons voter. Personne, quelles que soient les pressions, ne me forcera à prendre part à l’élection d’un pays agresseur, qui a tué autant de gens ici», déclarait cependant Ibraguim, un retraité de 62 ans. «Moi, j’ai voté mais pour (le libéral d’opposition) Grigori Iavlinski. Il est le seul à pouvoir arrêter la guerre», a de son côté déclaré Akhmad, un retraité de 65 ans qui a refusé de citer son patronyme. Et d’ajouter qu’il avait également pu voter pour «sa femme, son fils et sa fille», absents de Tchétchénie, en présentant simplement leurs passeports. Une pratique strictement interdite par la loi électorale mais largement tolérée par les autorités lors de ce scrutin, selon plusieurs témoins.
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