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Actualités - Reportages

Roger et Hanane Assaf : une profonde complémentarité(photos)

Roger Assaf est un être secret, silencieux; il préfère faire parler les autres, choisissant souvent les coulisses du théâtre et ses planches, un rôle derrière lequel se cacher ou apparaître et enfin l’enseignement pour faire parvenir ses messages. Hanane aime les mots, les détails, les messages clairs et sans détours. Il n’y a pas de doute, ces deux-là sont faits pour s’entendre. Leur terrain d’entente est le théâtre. Celui de l’amour, la famille, celui de leur résistance, le Sud. Roger et Hanane Assaf parlent le même langage mais l’expriment différemment. Il en ressort une complémentarité profonde et surtout productive. Belle image de ce couple-symbole dans un pays longtemps déchiré par des guerres de religions, des guerres d’intolérance où les différences devenaient un prétexte pour se haïr et se combattre. Un exemple à suivre… La médecine avant le théâtre Le petit Roger, avant de devenir le grand Roger Assaf, écolier chez les Frères, grimpe sur les planches et «fait du théâtre» dès l’âge de six ans. «J’en ai presque tout le temps fait depuis !» En 1953, il participe à une pièce de Henry Khayat et collabore en 1957 avec le professeur Georges Héritier dans des pièces classiques en français. Après avoir obtenu son bac, il démarre, «tout le monde le sait», précise-t-il, des études en médecine, quatre années où, en fait, il «faisait des recherches, à une époque où le théâtre au Liban connaissait son premier élan». Roger, l’intellectuel de gauche, obtient une bourse et quitte ses cours et le Liban pour la France. «Je croyais davantage en mon métier de comédien. Je voulais que la mise en scène soit différente, plus dynamique, créative, vivante». Il apparaîtra dans ce nouvel habit – professionnel – de scène la première fois dans une pièce de Pirandello, Henri IV, prendra part au Festival de Nancy en 1967 auprès de Gabriel Boustany et interprétera les pièces des autres, amis et metteurs en scène du «beau» théâtre libanais, Jalal Khoury et son Arturo Ui, Chakib Khoury dans En Attendant Godot ou encore les frères Rahbani dans Ayyam Fakhreddine. Hanane «hakawati» Tout le monde le sait, également, la mise en scène va venir en douceur s’imposer à ce jusqu’au-boutiste pour qui l’arabe – lui dont le français était la langue première... – devient également une nécessité. «Mon plus grand plaisir reste l’interprétation. En tant que metteur en scène, je deviens comédien parmi les comédiens. Je travaille avec eux». Les planches, «ce monde de recherches, de connaissances», trouveront une nouvelle expression sous son regard éclairé et à travers ses différentes pièces que tout le monde connaît… Pour le plaisir, on citera Majdaloun, Akh Ya Baladna, Hikayat Sanat 36, ou encore Ayyam al-Khayam, Aljarass, Jnaynet el-Sanayeh et Mémoire de Job. Il s’essaie et se retrouve dans tous les genres, en passant de Chouchou à Nadia Tuéni, avec la même élégance. «J’ai personnellement beaucoup avancé grâce au théâtre. Je savais moins de choses et je croyais en savoir plus. Je connaissais beaucoup moins de gens avant, mais le cercle intime s’est rétréci. Les relations sont devenues plus profondes». Et surtout, Roger le résistant rencontre Hanane, sa femme depuis 1986, sa complice depuis le début et dont il dit : «Le théâtre est un merveilleux lieu de collaboration, mais très difficile à vivre. Il met en relief tous les conflits. Hanane est une merveilleuse collaboratrice. C’est sans doute plus difficile pour elle; on a beau vouloir être à côté l’un de l’autre, il y en a toujours un qui est devant». Hanane, toujours auprès de Roger, avoue aimer de temps en temps travailler seule, «m’aérer, me chercher, me révéler comme un personnage complet, avec d’autres réalisateurs». Fille de gendarme, sœur de quatre frères et surtout petite-fille de Fatima, cette «grand-mère fascinante, une femme – comme elle – voilée mais très avant-gardiste. Elle inventait des chants, des danses. Avec elle, j’ai appris l’art de l’improvisation». Et la rébellion. Fatima épousera – comme elle – envers et contre tous l’élu de son cœur. Mariage rocambolesque avec Ali Ayoub dont naîtront une ribambelle d’enfants. Hanane la tendre garde de son enfance à Nabatyé un doux souvenir et nous la conte en parfaite hakawati. «Le métier de mon père nous obligeait à nous déplacer régulièrement. J’ai eu la chance de vivre ainsi plusieurs vies. Pour lui faire plaisir, elle passe et réussit le concours d’entrée à la faculté de médecine de l’USJ, mais s’en détourne. «Je n’ai pas pu, et j’ai brisé le cœur de mon père». Elle continue à naviguer dans le monde des sciences et de la biologie mais s’intéresse surtout à ce qui se passe au Liban et exprime déjà sa propre révolte. Elle part en France et s’inscrit à Jussieu – les maths, la physique et la chimie sont ses matières officielles. Clandestinement, elle chante, danse, se lie d’amitié avec Marcel Khalifé et d’autres et revient au pays en 1976 faire du théâtre. Relation privilégiée et illégitime, son père n’en saura rien avant de la voir sur les planches et enfin l’applaudir ! Il ne saura rien de l’idylle entre Hanane, 22 ans, et son professeur, de 16 ans son aîné. Roger est séduit par ses talents d’actrice, ses talents de femme qui se bat pour son Sud, elle est fascinée par le maître, avec qui elle participe dans la troupe du Hakawati. Elle sera flattée, amusée, puis inquiète lorsqu’il la demande en mariage. Hanane qui a plus d’un combat à mener, celui de son pays qu’on occupe et assassine, celui de sa vie où elle tente d’imposer un homme d’une autre religion, divorcé et plus âgé qu’elle à une famille réticente en même temps qu’une vocation qui la marginalise, décide donc de «s’arracher» et part à San Diego en 1984, où elle obtiendra un master en télécommunication. Malgré leurs décisions de rupture, les deux amoureux se revoient en France et finissent enfin, après de longues années de «luttes», par faire admettre leur union et l’«officialiser». Roger, devenu musulman, prendra pour épouse Hanane devenue voilée, comme une liberté affichée. La comédienne, qu’on retrouvera également auprès de nombreux metteurs en scène dont Gérard Avédissian, Sylvain Lhermitte et Yaacoub Chedraoui, aura avec Roger quatre enfants, Zeinab, Ali, Mariam et Youssef. «Roger est comme le mercure, un métal très précieux mais qui peut ronger l’or. Je partage avec lui une vie très intéressante où je dois être constamment vigilante, à l’affût. Mon parcours aurait certainement été différent sans Roger. Je voudrais profiter de chaque instant avec lui, près de lui, contre lui». Roger le silencieux a vite rejoint «ses» acteurs; Hanane, et sa voix claire de conteuse, a rangé ses photos. Ensemble, ils continuent à «faire leur théâtre» et leur vie en parfaite entente et en toute démocratie.
Roger Assaf est un être secret, silencieux; il préfère faire parler les autres, choisissant souvent les coulisses du théâtre et ses planches, un rôle derrière lequel se cacher ou apparaître et enfin l’enseignement pour faire parvenir ses messages. Hanane aime les mots, les détails, les messages clairs et sans détours. Il n’y a pas de doute, ces deux-là sont faits pour s’entendre. Leur terrain d’entente est le théâtre. Celui de l’amour, la famille, celui de leur résistance, le Sud. Roger et Hanane Assaf parlent le même langage mais l’expriment différemment. Il en ressort une complémentarité profonde et surtout productive. Belle image de ce couple-symbole dans un pays longtemps déchiré par des guerres de religions, des guerres d’intolérance où les différences devenaient un prétexte pour se haïr et se...