Un demi-siècle de tensions entre les soeurs ennemies
le 18 mars 2000 à 00h00
Les relations entre Pékin et Taipei, très tendues à la veille de l’élection présidentielle taïwanaise, sont conflictuelles depuis la création, en 1949, de la «République de Chine» à Taïwan après la victoire communiste en Chine continentale. Pékin qui redoute une indépendance formelle de sa «province rebelle» – dont l’île sécessionniste, à 150 km au sud du continent, jouit déjà de facto – menace d’intervenir militairement si Taïwan refuse «indéfiniment» de négocier son rattachement. La Chine, qui prône le principe «un pays – deux systèmes», auquel ont finalement souscrit Hong Kong (1997) et Macao (1999), se heurte à l’attachement des 22 millions d’insulaires à la démocratie et à la prospérité économique de leur pays. Tous les candidats à l’élection insistent d’ailleurs sur la nécessité de renforcer les liens économiques. Quelque 40 000 entreprises taïwanaises ont permis environ 40 milliards de dollars d’investissements sur le continent. - 1er oct. 1949 : fondation à Pékin de la République populaire de Chine (RPC) par Mao Tsé-Toung. Taïwan, refuge du gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek, devient la «République de Chine». - Déc. 1949 : début du conflit armé aux îles Quemoy et Matsu, bases militaires du Kuomintang (parti au pouvoir à Taipei). Jusqu’à l’établissement de relations diplomatiques entre Washington et Pékin, en janvier 1979, la zone du détroit de Taïwan (ex-Formose), entre ces îles et la province du Fujian (sud-est de la Chine), restera une poudrière. - 1950 : Taïwan devient un allié des États-Unis en guerre contre la Chine en Corée. - 1971 : Taïwan doit céder à Pékin son siège à l’Onu après un vote favorable à la Chine de 76 pays contre 35. - 1972 : le président américain Richard Nixon se rend en Chine. - 1979 : établissement des relations diplomatiques entre Pékin et Washington et rupture diplomatique de Taïwan avec les États-Unis qui continuent toutefois à lui fournir des armes «défensives». Taipei et Pékin décident de mettre fin à leurs bombardements mutuels. - 1981 : Pékin propose une réunification négociée, avec une participation des autorités taïwanaises à l’exercice du pouvoir. - 1990 : Taïwan se déclare prêt au dialogue, reconnaissant pour la première fois l’existence de deux gouvernements en Chine. - Avril 1991 : le Parlement taïwanais abroge les dispositions instaurant l’état de guerre avec la RPC. – Juin 1995 : la visite du président Lee Teng-hui aux États-Unis ravive l’hostilité de Pékin qui suspend des négociations vers une normalisation. - Mars 1996 : tirs de missiles chinois avant la première élection présidentielle taïwanaise au suffrage universel. Le Pentagone dépêche des vaisseaux de guerre dans le détroit de Taïwan. Lee est réélu. - 14/18 oct. 1998 : dégel prudent avec la première rencontre depuis 1949 entre un émissaire de l’île (M. Koo Chen-fu, personnalité du Kuomintang) et un président chinois, Jiang Zemin. – 1999 –1er jan. : Jiang Zemin se dit déterminé à réunifier Taïwan avec le continent chinois, par la négociation. – Juil/août : fureur de Pékin et regain de tension après une déclaration du président Lee qui, tout en assurant qu’il ne recherche pas «l’indépendance», évoque la nécessité de relations «d’État à État». – 2000 –21 fév. : la Chine menace officiellement, pour la première fois, de recourir à la force si Taïwan rejette indéfiniment son offre de réunification «pacifique». Auparavant, elle n’envisageait d’intervenir qu’en cas d’invasion étrangère, de proclamation d’indépendance ou de «chaos interne» à Taïwan. – 2 mars : Pékin affirme que son armée est capable d’envahir Taïwan, contredisant les experts étrangers selon lesquels au moins cinq ans seraient nécessaires avant une possible conquête par la force. - 13 mars : la Chine réclame un calendrier pour la réunification. - 14 mars : elle affirme qu’elle ne «restera en aucun cas les bras croisés» en cas de mouvement vers une indépendance formelle. - 15 mars : le Premier ministre chinois Zhu Rongji avertit les électeurs taïwanais qu’ils ne doivent pas choisir le chemin de l’indépendance. - 16 mars : les forces armées taïwanaises sont placées en état d’alerte renforcée.
Les relations entre Pékin et Taipei, très tendues à la veille de l’élection présidentielle taïwanaise, sont conflictuelles depuis la création, en 1949, de la «République de Chine» à Taïwan après la victoire communiste en Chine continentale. Pékin qui redoute une indépendance formelle de sa «province rebelle» – dont l’île sécessionniste, à 150 km au sud du continent, jouit déjà de facto – menace d’intervenir militairement si Taïwan refuse «indéfiniment» de négocier son rattachement. La Chine, qui prône le principe «un pays – deux systèmes», auquel ont finalement souscrit Hong Kong (1997) et Macao (1999), se heurte à l’attachement des 22 millions d’insulaires à la démocratie et à la prospérité économique de leur pays. Tous les candidats à l’élection insistent d’ailleurs sur la...
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