Les états-majors du Parti socialiste et de la coalition communiste Izquierda Unida, les grands perdants des élections de dimanche, ont entamé sans perdre de temps lundi, l’analyse de leur débâcle face au triomphant Parti populaire de José Maria Aznar. Pour la première fois depuis les premières élections libres en 1977 après la mort de Franco, la droite a dépassé la gauche en nombre de voix : 10,23 millions pour le PP de M. Aznar contre 9,15 millions pour le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) plus la coalition communiste Izquierda Unida (IU - gauche unie). La commission exécutive du PSOE examinait en fin d’après-midi «la démission irrévocable» de son secrétaire général Joaquin Almunia après la perte de 16 sièges et de 1,6 million de voix par rapport au dernier scrutin législatif en 1996. Plusieurs dirigeants socialistes dont l’ancien ministre de la Justice Juan Alberto Belloch se sont prononcés pour «une refondation» du PSOE. «Il n’y a pas d’autre chemin que de penser, non pas à un renouvellement, mais à une refondation» du parti, a-t-il déclaré à la radio nationale d’Espagne. La direction d’Izquierda Unida était également réunie pour faire le point après la déroute de leur mouvement, qui est passé de 21 à 8 sièges à la Chambre des députés et a perdu dans la bataille électorale près de 1,4 million de suffrages par rapport à 1996. Cet effondrement de la gauche, lié en partie à un taux d’abstention record, 30 %, l’un des plus élevés depuis le retour à la démocratie à la fin de la dictature franquiste, a alimenté les critiques sur le pacte d’union conclu entre socialistes et communistes. La presse espagnole estimait lundi que le PSOE a été victime de son projet de «gouvernement progressiste» conjoint avec IU qui n’a pas réussi à mobiliser l’électorat. Pour le quotidien El Pais, loin d’avoir provoqué un électrochoc chez les électeurs de gauche comme l’espéraient les socialistes, ce projet semble avoir accru la mobilisation des électeurs de droite, effrayés par la perspective de voir les communistes entrer au gouvernement. La déroute de la gauche qui perd près de trois millions de voix et la victoire du PP qui en gagne plus de 500 000, ont bouleversé l’échiquier politique espagnol. La formation de M. Aznar, rassemblant tout l’électorat de droite et du centre, a obtenu une majorité absolue de 183 sièges sur 350 au Parlement, soit une progression de 27 sièges par rapport aux législatives de 1996. Cette confortable majorité permettra à José Maria Aznar, un ancien inspecteur des impôts de 47 ans, de gouverner sans dépendre des élus nationalistes modérés, catalans, basques ou canariens qui avaient garanti la stabilité de son gouvernement pendant la législature précédente. Si le PSOE, qui a gouverné l’Espagne pendant 14 ans avant l’arrivée au pouvoir de M. Aznar, semble condamné à une longue traversée du désert, le Parti populaire a promis, quant à lui, d’éviter tout «abus de majorité». «Nous devons maintenant bien gérer notre victoire, tout en sachant qu’il est plus difficile d’administrer la victoire que la défaite : il faut éviter de tomber dans l’abus de majorité, aussi large que soit cette majorité», affirmait lundi le secrétaire général du PP, Javier Arenas, l’un des rares dirigeants «populaires» à s’exprimer au lendemain de leur triomphe électoral. La direction du PP, qui augure une législature «de tolérance, dialogue et recherche de consensus», dans une circulaire envoyée à tous ses dirigeants régionaux, ne se réunira que mardi pour analyser les résultats des législatives.
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