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Actualités - Chronologie

Le système électoral

Le système électoral qui permettait de remplir les charges était original et complexe. Aristote écrit à ce sujet : «Ils pensent qu’il faut choisir les gouvernants en fonction non seulement de leur mérite, mais aussi de leur richesse ; car celui qui n’a pas les moyens suffisants manque de loisir pour bien gouverner... Ils font donc leur choix en fonction de ces deux critères, surtout en ce qui concerne les deux principaux offices, celui des rois et celui des généraux». Le philosophe ne nous dit pas malheureusement par quels moyens on mesurait la richesse et le mérite des candidats. Mais d’autres informations montrent qu’il s’agissait d’assauts de générosité : les uns offraient à la cité des édifices, des équipements militaires ou économiques coûteux, les autres bâtissaient des temples ou offraient aux dieux des œuvres d’art ou des richesses venues de pays lointains ; en outre, chaque dédicace était l’occasion de fêtes somptueuses où le peuple banquetait aux frais du donateur. Si l’on ajoute que les magistrats ne percevaient aucun traitement, il est facile de voir qu’une carrière politique à Carthage exigeait une énorme fortune. Un système analogue existait d’ailleurs dans la plupart des villes grecques et à Rome ; à Athènes par exemple, les «liturgies» mettaient à la charge des riches particuliers des dépenses d’intérêt public. L’originalité de l’institution punique consiste sans doute dans la liaison directe entre le concours de générosité et l’attribution des charges : le plus magnifique était proclamé sur-le-champ roi ou général tandis qu’en Grèce ou à Rome il lui fallait encore affronter le tirage au sort ou l’élection. Le système punique était donc resté à un stade plus primitif que le grec, plus proche de ces joutes de prodigalité qu’on observe dans maintes sociétés barbares et que les sociologues désignent sous le nom de «potlatch». C’est ce qui explique la sévérité avec laquelle Aristote le juge; si ce mode de sélection avait l’avantage de mettre à la disposition de la communauté, et en particulier de ses membres les plus défavorisés, une part non négligeable des richesses monopolisées par les Grands, il avait l’inconvénient majeur d’inciter ces derniers à profiter des charges ainsi acquises, pour reconstituer leur fortune aux dépens des intérêts publics. Tous les auteurs anciens sont d’accord pour dire que l’avidité et la malhonnêteté de ses dirigeants furent un grave handicap pour Carthage. Il existe un lien direct entre ce mode de sélection par la richesse et une autre institution curieuse : celle des sissyties. Aristote désigne par ce terme grec – qui signifie «sociétés de banqueteurs» – des groupements qui apparaissent dans les inscriptions carthaginoises sous des vocables divers. C’étaient des associations essentiellement religieuses mais qui prirent rapidement un rôle politique. Leurs membres s’assemblaient pour des repas qui donnaient l’occasion aux grands candidats aux charges publiques, d’étaler leur générosité. Ainsi, quand Hannon I le Grand voulut s’emparer du pouvoir suprême, il prit prétexte des noces de sa fille pour inviter toutes les sissyties à un banquet monstre servi sous les portiques des temples; les Anciens considérés comme formant la première des sissyties devaient festoyer dans le palais d’Hannon. Sans doute l’ambitieux comptait-il se faire proclamer roi à l’issue de ces festivités; les Cent Quatre parvinrent à l’en empêcher en faisant passer une loi somptuaire limitant cette sorte de dépense. Comme les lois analogues promulguées par Solon à Athènes, cette réglementation avait pour but d’empêcher les plus riches parmi les Grands d’imposer leur pouvoir aux dépens de l’ensemble de l’aristocratie et des classes moyennes.
Le système électoral qui permettait de remplir les charges était original et complexe. Aristote écrit à ce sujet : «Ils pensent qu’il faut choisir les gouvernants en fonction non seulement de leur mérite, mais aussi de leur richesse ; car celui qui n’a pas les moyens suffisants manque de loisir pour bien gouverner... Ils font donc leur choix en fonction de ces deux critères, surtout en ce qui concerne les deux principaux offices, celui des rois et celui des généraux». Le philosophe ne nous dit pas malheureusement par quels moyens on mesurait la richesse et le mérite des candidats. Mais d’autres informations montrent qu’il s’agissait d’assauts de générosité : les uns offraient à la cité des édifices, des équipements militaires ou économiques coûteux, les autres bâtissaient des temples ou offraient aux...