«Je n’aime pas ça, je suis contre les tueries». Tiré à quatre épingles devant sa paroisse de l’église apostolique d’Aba (sud-est), Justice Odim a prié pour les victimes des affrontements interethniques qui ont fait plus d’un millier de morts au Nigeria. «Ce sont des humains comme moi. J’ai beaucoup d’amis Haoussas (ethnie du nord à majorité musulmane). J’ai pleuré. En tant que Nigérians, nous ne faisons qu’un», poursuit ce jeune tailleur de 31 ans. Mais dans cette ville de plus d’un million d’habitants de la région chrétienne de l’ethnie Ibo, un silence gêné s’est abattu six jours après le massacre de Haoussas, qui a fait quelque 450 victimes, selon des témoignages. À la cathédrale catholique Saint John, une des centaines d’églises qui résonne au son des orchestres et des cantiques à l’heure de la messe, les diacres empêchent les journalistes de parler aux fidèles. Le curé d’une paroisse méthodiste renvoie sur son évêque. «Vous comprenez, je n’ai pas l’autorité pour parler». «C’est un incident malheureux», explique par la voix de son porte-parole le révérend Samuel Udotong, «père aîné» de l’église de la Congrégation de la foi du tabernacle, une des multiples confessions dont le siège est à Aba. «Quand ce genre de chose arrive, ce sont des temps périlleux qui s’annoncent et nous disons à nos fidèles : faites attention !» Mais au-delà de ce conseil, les «pères» de l’église s’en remettent au Seigneur pour faire cesser la violence. «Nous en appelons à l’esprit de Dieu pour faire quelque chose, et changer les attitudes face à des problèmes comme celui-ci,» explique le porte-parole du révérend Udotong. «C’était horrible. Voir des gens qu’ont connaît tués...» Sur le trottoir devant le temple, Onyirichi Egede frémit encore. Mais les idées de la jeune étudiante sont arrêtées sur la polémique sur l’instauration de la charia (loi islamique) dans plusieurs États du nord de la fédération nigériane, à l’origine des affrontements. «La charia doit être limitée aux seuls musulmans. Dans ce pays, nous avons la liberté de culte. Nous respectons votre religion, respectez nous. Chacun veut défendre sa religion», affirme-t-elle. «Là haut, ils tuaient des chrétiens. On peut dire qu’on n’est pas d’accord sur la manière, mais ils (les musulmans) ont reçu une leçon», finit-elle par admettre en baissant les yeux, questionnée sur les rapports entre les deux confessions. Un sentiment qui semble très répandu à travers la ville, chacun rappelant que les massacres des 28 et 29 février n’ont fait que «répondre» aux violences qui ont fait des centaines de morts chrétiens – dont de nombreux Ibos – dans l’État de Kaduna (nord).
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