Le Premier ministre israélien Ehud Barak s’oppose à l’initiative de son ministre de l’Éducation Yossi Sarid d’inscrire au programme des lycéens israéliens le plus célèbre des poètes palestiniens, Mahmoud Darwiche, rapporte lundi la presse. «Les conditions ne sont pas encore mûres pour cela», a affirmé dimanche à ses proches M. Barak, ont indiqué les journaux, selon lesquels le chef du gouvernement allait tenter de convaincre son ministre, qui est chef du parti de gauche Meretz (10 députés), de renoncer à son projet. Les poèmes qui seront au programme comprendront notamment des œuvres consacrées aux séjours dans les prisons israéliennes de Mahmoud Darwiche et aux persécutions qu’il y a subies. Ils remplaceront partiellement des cours consacrés à des géants de la littérature mondiale tels que Léon Tolstoï et Gustave Flaubert, ainsi qu’aux deux plus grands écrivains israéliens: le poète national Haïm Nachman Bialik et le prix Nobel de littérature (1965) Yossef Agnon. Invoquant sa «vision du monde» et sa volonté d’«élargir les connaissances des élèves», M. Sarid est intervenu personnellement pour imposer l’étude de ces poèmes alors que les ministres de l’Éducation n’interviennent pratiquement jamais sur la question des programmes de littérature. De source parlementaire, l’opposition de droite Likoud a annoncé son intention de présenter lundi une motion de censure contre le gouvernement, qui sera débattue la semaine prochaine, et les deux partis religieux membres de la coalition menacent de voter pour la motion. «Il s’agit d’une initiative dangereuse d’un politicien qui s’immisce de façon grossière dans les programmes scolaires», a affirmé à la radio le député du Parti national religieux (5 députés) Zvulun Orlev en dénonçant le «comportement bolchévique» de M. Sarid. Le ministre de la Santé Shlomo Benizri, du parti ultraorthodoxe sépharade Shass, a également déploré la décision de M. Sarid. «À ce train, il va bientôt ordonner d’enseigner l’islam au lieu de la Torah» (Bible), a-t-il ironisé. L’écrivain Aharon Megued s’est également révolté contre le projet de M. Sarid. «Mahmoud Darwiche peut faire l’objet d’études universitaires, mais comment peut-on lui donner une place d’honneur au panthéon des lettres, alors que dans ses poèmes il appelle à nous jeter à la mer ? Imagine-t-on l’écrivain pronazi Ezra Pound au programme scolaire en Europe durant la Seconde Guerre mondiale?», s’est-il écrié. Réagissant à ce début de scandale, le député arabe israélien Ahmad Tibi a raconté à la radio que M. Darwiche, qu’il a rencontré la veille à Ramallah, s’est dit enchanté que «sa poésie menace de faire tomber un gouvernement». «C’est un précédent mondial», a-t-il dit, selon M. Tibi. Mahmoud Darwiche a démissionné en 1996 du Comité exécutif de l’OLP (CEOLP), où il était chargé de la Culture, pour se consacrer à son œuvre. Originaire d’un village, situé aujourd’hui dans le nord d’Israël, il avait déclenché à la fin des années 1980 une vive polémique, en écrivant un poème qui a été interprété comme un appel à jeter les Israéliens à la mer.
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