La tournée en Algérie du chanteur français juif pied noir Enrico Macias dans son pays natal a tourné court après la vive controverse qu’elle a suscitée en Algérie et le brusque limogeage du principal organisateur de ses concerts prévus dans les six plus importantes villes du pays. Hier matin, l’entourage du chanteur a annoncé le report de la tournée pour des difficultés matérielles liées à l’organisation du voyage. Quelques heures plus tard, Enrico Macias a confirmé lui-même le report «à quelques semaines ou quelques mois» pour des raisons d’organisation portant «sur la sécurité et le confort artistique», assurant cependant que son retour en Algérie est «irréversible». Le chanteur a indiqué avoir «été mis devant le fait accompli» avec le limogeage annoncé du responsable algérien de l’organisation. En effet, le directeur de l’Office Riadh el-Feth (Oref), organisme étatique, Abdelhamid Bouhrour, a été relevé de ses fonctions par le ministère de la Culture pour «manquement grave à la discipline de travail», a-t-on indiqué officiellement sans autre précision. Cette sanction a été immédiatement perçue par les observateurs à Alger comme le signal d’une annulation de la tournée de Macias prévue du 16 au 27 mars prochain. Le quotidien el-Watan révélait d’ailleurs dimanche que le président Abdelaziz Bouteflika avait délégué un émissaire auprès du chanteur – qu’il a lui-même invité – pour lui demander de reporter ou d’annuler le voyage. Néanmoins, le chanteur a formellement démenti cette information. «Non pas du tout et puis je ne vois pas en quoi c’est important», a-t-il répondu à une question sur l’envoi de cet émissaire. Depuis plus d’un mois, la tournée de Macias est l’objet d’une vive polémique en Algérie, alimentée par des personnalités politiques du courant islamo-conservateur, hostiles à la normalisation entre l’Algérie et Israël. Ces personnalités, dont l’ancien président de l’Assemblée nationale, Abdelaziz Belkhadem, considèrent que le voyage du chanteur est un jalon posé sur cette voie. Elles ont d’ailleurs vivement critiqué la poignée de main entre le président Bouteflika et le Premier ministre israélien Ehud Barak en juillet dernier à Rabat, lors des obsèques du roi Hassan II, ainsi que l’hommage rendu par le président aux juifs d’Algérie. Ces personnalités ont accusé Enrico Macias, ainsi que sa famille, d’avoir adopté une attitude hostile aux nationalistes algériens durant la guerre d’indépendance (1954/1962) contre la France. Elles ont rappelé les prises de position du chanteur en faveur de l’État d’Israël aux dépens, selon elles, des Palestiniens lors de la guerre des Six-Jours en 1967. Depuis, Macias a été interdit d’antenne en Algérie. Une mesure toujours en vigueur. La polémique menée tambour battant est la plus forte à Constantine, la métropole spirituelle de l’est algérien, berceau de l’islamisme et ville natale du chanteur. Jeudi, l’assemblée générale d’une association des enfants de chouhada (martyrs de la guerre d’indépendance) à Constantine s’est transformée en foire d’empoigne où des hommes se sont battus à coups de chaise, a rapporté samedi le quotidien algérien es-Sahafa.
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