La Suisse a décidé d’étendre sa politique de réintroduction du lynx dans les cantons suisses, malgré les actes de braconnage et l’hostilité affichée des éleveurs et des chasseurs. L’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) a annoncé «la colonisation active de nouveaux territoires» dans l’est du pays, alors que trois lynx, une mère et ses petits, ont été retrouvés morts, vraisemblablement empoisonnés, dans le canton de Vaud (ouest). Les autorités cantonales ont déposé une plainte contre x pour empoisonnement. Autre exemple de malveillance : le 10 février, les fonctionnaires de l’Office cantonal de la nature de Berne ont reçu, par la poste, plusieurs colis contenant les quatre pattes d’un lynx adulte, tué deux jours plus tôt. Une enquête a également été ouverte. Le lynx a été officiellement réintroduit en Suisse en 1972, dans la région de Lucerne (centre). «Face à une population trop élevée d’ongulés (cerfs, chamois, chevreuil), il a été décidé alors de procéder à une régulation à l’aide du lynx. C’est une réussite», explique le Dr Hans-Jurg Blankenhorn, chef de la section faune sauvage à l’OFEFP. Une douzaine de lynx a été lâchée, puis en 1976, l’expérience a été renouvelée dans le canton de Neuchâtel (ouest). Un quart de siècle plus tard, ils sont environ 100 à 150, «des effectifs assez faibles et insuffisants pour assurer à long terme la survie de l’espèce. Et toujours très localisés, dans le centre et l’ouest où certains ont traversé la frontière pour s’installer dans le Jura français», affirme le Dr Blankenhorn. Indemnisation «Les animaux ne peuvent émigrer d’eux-mêmes à cause des barrières naturelles et artificielles, les autoroutes par exemple. Pour que la population suisse de lynx soit en mesure de survivre à long terme, l’homme doit l’aider à trouver de nouveaux territoires», dit-il. Aussi a-t-il été décidé, au niveau fédéral, d’effectuer des lâchers dans les cantons de l’est. Les autorités de Saint-Gall se sont dites intéressées. En revanche, les autres cantons n’y sont pas favorables. Récemment, les propriétaires fonciers et chasseurs des cantons orientaux de Glaris, Schwytz, des Grisons, de Saint-Gall et des deux Appenzell, ont adopté une résolution fustigeant l’OFEFP et les organisations écologistes pour avoir concocté ce plan de réintroduction du lynx. La Fédération suisse d’élevage ovin (FSOE), tout en condamnant les actions de braconnage, a aussi fait part de son opposition, jugeant cette réintroduction du félin «particulièrement incompréhensible» dans les régions qui n’ont jamais abrité cet animal. L’OFEFP a prévu d’indemniser à hauteur de 50 % les dommages causés par le lynx à des animaux domestiques. Il a également assorti son programme de mesures de déplacement des lynx ou éventuellement d’abattages exceptionnels lorsque le félidé commet de graves dégâts aux troupeaux ou en cas de pression locale excessive sur le gibier. Depuis 1997, trois lynx ont été abattus avec l’autorisation de l’OFEFP. M. Blankenhorn souligne qu’un lynx se nourrit d’environ 60 bêtes par an dont 95 % sont des chevreuils ou des chamois et 5 % des animaux domestiques, soit deux ou trois bêtes par an. «Ce n’est rien en comparaison avec le loup dont la réintroduction en France soulève le même type d’oppositions», commente-t-il. L’opinion publique, pour sa part, a plébiscité le retour du lynx. Selon un sondage réalisé pour le compte du Fonds mondial pour la nature (WWF) les 7 et 8 février dernier, 84 % des 610 personnes interrogées y sont favorables.
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