En recevant dans son bureau du somptueux palais fédéral de Berne un groupe restreint de journalistes libanais et égyptiens (en visite en Suisse à la mi-février, à l’invitation du gouvernement helvétique), le chef du département fédéral des Affaires étrangères (ministre des AE) Joseph Deiss a donné d’emblée le ton de la tournée qu’il s’apprêtait à effectuer, entre fin février et début mars, en Égypte, en Syrie et au Liban. Une tournée qui intervient, à l’évidence, dans un contexte régional et international en pleine mutation. «L’un de nos objectifs prioritaires, nous a déclaré M. Deiss, est de développer nos relations économiques avec le bassin méditerranéen. Nous sommes, d’autre part, partie prenante dans les négociations multilatérales de paix, la Suisse devant plancher dans les mois à venir sur le dossier des réfugiés palestiniens, en coordination avec le Canada». Affable et accueillant, M. Deiss (attendu demain, jeudi, à Beyrouth) a tenu à souligner qu’il ne saurait y avoir de véritable paix au Proche-Orient sans un règlement du problème des réfugiés. Un postulat particulièrement cher aux Libanais. «Il revient à la communauté internationale de prendre en charge ce dossier», précise le chef de la diplomatie, sans trop rentrer dans le détail des options envisagées sur ce plan. La visite de M. Deiss au Liban (la première d’un ministre helvétique des AE à Beyrouth depuis 1985) serait-elle donc liée aux efforts déployés dans plus d’une capitale en vue de rechercher une solution à la question épineuse des réfugiés ? Nul à Berne ne s’aventure à apporter une réponse tranchée à cette interrogation. Mais force est de relever que le chef de la diplomatie suisse était présent à la réunion qui s’est tenue récemment à Moscou et qui a donné le coup d’envoi de la relance des négociations multilatérales, pratiquement gelées depuis près de quatre ans. Les hauts responsables du département des Affaires étrangères (ministère des AE) indiquent, en outre, qu’au delà de son importante contribution financière à l’Unrwa, la Suisse a initié un processus visant à accroître l’efficacité de l’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens. L’action menée sur ce plan par la Suisse – depuis déjà deux ans – vise à faciliter le dialogue et les échanges entre l’Unrwa, les pays donateurs et les pays d’accueil. Ce souci de donner un nouveau souffle à cette agence de l’Onu n’est pas sans intérêt dans le contexte présent. On souligne ainsi à Berne que l’Unrwa doit se préparer à jouer un rôle pivot dans la mise en place du règlement du problème des réfugiés. Autre volet qui constitue l’une des lignes directrices de la diplomatie suisse au Proche-Orient : les droits de l’homme. D’une manière générale, les droits de l’homme et le droit humanitaire sont l’un des cinq objectifs prioritaires de la politique étrangère de la Confédération helvétique. Au niveau du PO, la Suisse a reçu de la communauté internationale (dès 1995) un mandat pour prendre des initiatives visant à promouvoir les droits de l’homme dans la région. Ces initiatives (dont la dernière en date est une proposition de conférence régionale sur les droits de l’enfant) constituent une action d’accompagnement aux multilatérales. Mais la nouvelle offensive suisse en direction du PO ne se limite nullement à la seule dimension politico-diplomatique ou humanitaire. Au département fédéral des AE on reconnaît sans détours que l’intérêt accru de la Suisse pour le sud de la Méditerranée, notamment sur le plan économique, a été accentué par le processus de partenariat euro-méditerranéen lancé à Barcelone. Le partenariat entre l’Union européenne et les douze pays du sud de la Méditerranée prévoit, entre autres, la création d’une zone de libre-échange dans la région euro-méditerranéenne d’ici à 2010. Dans cette perspective, la Suisse ne pouvait donc pas rester passive et se laisser marginaliser par l’UE au Moyen-Orient. D’où la volonté affichée de la Confédération helvétique de donner un élan nouveau à sa présence dans la région, notamment sur le plan économique. Il s’agit là d’une nécessité d’autant plus impérieuse que la Confédération a besoin, plus que tout autre pays développé, des marchés extérieurs pour soutenir et stimuler son économie du fait du caractère exigu de son marché interne. Dans ce cadre, le Liban constitue pour la Suisse, non pas un marché potentiel, mais plutôt un tremplin en vue d’une réexportation vers les marchés syrien, jordanien et irakien, souligne un haut responsable du département fédéral (ministère) de l’Économie. Cette nécessité d’induire une nouvelle impulsion à la présence suisse sur les marchés extérieurs se fait plus particulièrement ressentir dans le contexte présent en raison de l’état de stagnation qui a marqué l’économie suisse au cours de la décennie écoulée. Cette tendance à la récession s’est accompagnée durant ces années 90 d’une montée du chômage qui a dépassé fin 1996 la barre des 5 %. L’environnement naturel de la Suisse est, certes, l’Union européenne. Mais le sud de la Méditerranée constitue aussi une zone stratégique et un marché non négligeable pour la Confédération, souligne-t-on dans les milieux officiels helvétiques. Sans compter qu’avec le problème des flux migratoires et les défis nouveaux apparus avec la fin de la guerre froide, Berne a un intérêt certain à renforcer ses rapports avec le sud de la Méditerranée et à favoriser la transformation de cette région en une zone de stabilité, de sécurité et de prospérité.
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