Le rachat par le géant du luxe LVMH de l’Étude Tajan, première charge de commissaire-priseur de France, témoigne des grandes manœuvres internationales qui se jouent dans le monde de l’art au moment où la France s’apprête à ouvrir son marché à la concurrence. Le sacro-saint monopole des ventes publiques détenu par les commissaires-priseurs français, qui ont statut d’officiers ministériels ayant interdiction de commercer depuis le XVIe siècle, s’apprête à voler en éclats avec l’adoption prochaine de leur réforme par le Parlement. Mais si on estime que les maisons de vente étrangères pourront officier en France à la fin de l’année, certaines barrières fiscales, jugées défavorables à la France, encouragent les Français à s’allier à des groupes étrangers et à abolir les frontières via l’Internet. Des premiers pas avaient été franchis, il y a trois ans, quand l’américaine Sotheby’s et la britannique Christie’s s’installaient dans de somptueux hôtels particuliers au centre de Paris et, faute de pouvoir vendre, faisaient valoir leur puissance d’organisation. Sotheby’s en avait fait la démonstration éclatante, en «montant», il y a dix-huit mois, la vente du mobilier du château de Groussay, dans les Yvelines, tandis que deux commissaires-priseurs français, Me Poulain et Le Fur, tenaient le marteau. L’Étude Tajan (467 millions de francs en 1999, soit près de 71 millions de dollars) était convoitée jusqu’il y a dix jours par deux géants : eBay, la grande maison américaine de ventes aux enchères sur Internet, et LVMH, que dirige Bernard Arnault. La bataille que vient de remporter le géant du luxe va permettre à l’Étude Tajan de s’allier à sa consœur britannique Phillips, troisième maison mondiale de vente, et donc d’opérer à partir de ses salles de vente, dont 17 se trouvent en Grande-Bretagne et deux aux États-Unis. Ces facilités permettront de contourner la lourde fiscalité qui pèse sur le marché de l’art en France, soumis à la TVA à l’importation et au droit de suite, comme s’en plaint le président de la Chambre nationale des commissaires-priseurs Gérard Champin. «On pourra désormais vendre directement de Tokyo à New York ou à Genève, dans des pays qui ne sont pas soumis à une fiscalité trop dure», déclare Me Jacques Tajan. «En outre, rappelle-t-il, LVMH investit de façon importante dans l’Internet. Dans deux ou trois ans, tous nos objets pourront être achetés sur Internet». Le géant du luxe a en effet acquis la société Aucland, spécialisée dans les ventes sur l’Internet. En créant fin 1999 EuropAweb, un fonds d’investissement Internet de 500 millions de dollars, avec notamment des intérêts dans QXL. Com PLC, une maison européenne d’enchères «on line», Bernard Arnaud, rivalisait avec Sotheby’s qui a lancé en novembre dernier Sotheby’s.Amazon.com.
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