La France et les États-Unis ont accentué cette semaine la pression sur l’Inde pour qu’elle dialogue avec le Pakistan et s’engage à la non-prolifération nucléaire afin de réduire une tension jugée dangereuse en Asie du Sud. De telles incitations n’ont cependant guère de chances d’être suivies d’effet à court terme, selon les analystes, New Delhi ne pouvant politiquement pas se permettre d’apparaître comme cédant à des pressions extérieures, surtout avant la visite prévue du président Bill Clinton fin mars en Inde. M. Clinton a souligné «le danger très réel» d’un «conflit non contenu» entre deux puissances nucléaires de facto et s’est proposé en médiateur pour le Cachemire divisé, au cœur de la rivalité indo-pakistanaise. «La situation entre les deux pays est dangereuse», a affirmé de son côté le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, en visite à New Delhi, appelant les deux pays à dialoguer. Alors que l’Inde rejette toute médiation, il a affirmé que la France serait «très heureuse» si Washington pouvait contribuer à une solution. M. Védrine a également demandé publiquement à l’Inde qu’elle donne «des signaux positifs» en matière de non-prolifération nucléaire et montre qu’elle a «le sens de ses responsabilités» en signant le Traité d’interdiction totale des essais nucléaires (CTBT). Un an après la «déclaration de Lahore» du 21 février 1999 dans laquelle Inde et Pakistan s’étaient engagés à dialoguer pour résoudre pacifiquement leurs différends, les relations entre ces deux frères ennemis sont au plus bas. L’Inde, se disant «trahie» par le Pakistan après le conflit de l’été dernier au Cachemire, apparaît crispée dans son refus de dialoguer tant qu’Islamabad n’aura pas renoncé au terrorisme dont elle l’accuse au Cachemire indien. Elle a réaffirmé sèchement cette semaine qu’elle n’acceptait aucune implication d’une partie tierce au Cachemire, question qu’elle estime strictement intérieure. Dans les déclarations de M. Clinton, l’Inde a retenu seulement que toute médiation devait avoir l’accord indien et donc qu’il n’y en aurait pas. Quant à la France, un porte-parole indien a affirmé que la question du Cachemire n’avait pas été abordée. «Il n’y a pas de pression» sur l’Inde, a affirmé catégoriquement un responsable indien. Mais un analyste a remarqué dans le journal The Hindu que «la réticence de l’Inde à engager (un dialogue avec) le Pakistan et ses atermoiements permanents sur le CTBT commencent à l’évidence à frustrer même le nouveau meilleur ami de l’Inde, la France». Les relations franco-indiennes se sont nettement améliorées ces dernières années, notamment du fait que la France avait évité toute pression publique sur New Delhi en matière nucléaire. Les deux pays ont célébré cette semaine leur identité de vue sur la nécessité d’un monde «multipolaire» de coopération non dominé par les États-Unis, et réaffirmé leur volonté de coopérer dans tous les domaines. «La France est peut-être l’ami le plus récent de l’Inde, et certains peuvent considérer leurs liens comme un contrepoids aux États-Unis, mais lorsqu’il s’agit de prolifération nucléaire et des craintes quant à l’escalade de la tension en Asie du Sud, sa position n’est guère différente de celle des États-Unis», a toutefois estimé le Times of India. De sources diplomatiques françaises, on souligne que la volonté indienne affichée de résoudre le conflit du Cachemire de façon bilatérale ne règle rien et qu’il faut donner une chance à des efforts extérieurs. Quant au nucléaire, Paris a clairement fait savoir que si l’Inde entendait bénéficier de technologies civiles françaises, elle devait signer le CTBT et accepter des contrôles internationaux de non-prolifération accrus.
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