Auteur prolifique, avocat, conseiller du ministre de la Culture, Alexandre Najjar n’est plus à présenter. Ce travailleur acharné est aussi un lecteur boulimique pour qui le livre est un pain quotidien. C’est pourquoi à la question «quel est le livre qui vous a le plus marqué ?» il ne pouvait répondre en ne citant qu’un seul ouvrage. En tête de liste, Alexandre Najjar place L’Espoir d’André Malraux. Ce livre, qu’il a trouvé un jour dans la bibliothèque de sa mère et qu’il conserve depuis chez lui, souligne à ses yeux «la valeur éthique de l’espoir comme volonté de triompher du destin et de ses atrocités. Je me souviens encore de deux phrases de cette épopée moderne qui se déroule durant la guerre civile d’Espagne, dit-il. “Le courage est une chose qui s’organise, qui vit et qui meurt, qu’il faut entretenir comme les fusils” et “Le Christ ? C’est un anarchiste qui a réussi. C’est le seul”. Si j’étais tout à fait d’accord avec le premier énoncé, la deuxième phrase m’avait par contre troublé», se souvient Alexandre Najjar. «Je trouvais inapproprié le terme anarchiste appliqué au Christ. Un “réformateur”, ou à la rigueur un “révolutionnaire” me paraissait plus exact». Cependant, outre le mérite de l’avoir fait réfléchir sur cette question, la grande leçon qu’aura tirée Alexandre de L’Espoir «c’est le sens de la fraternité, considéré par Malraux comme le contraire de l’humiliation». Parmi les lectures qui ont eu un impact sur lui, Me Najjar cite également Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Un classique, qu’il a lu enfant, puis adolescent, et qu’il relit périodiquement, «en y découvrant à chaque fois un sens nouveau». C’est sans doute la grande force de cette fable universelle qui «se prête à différents degrés de lecture». Personnages denses L’Étranger d’Albert Camus lui a causé un choc au début de l’adolescence. «Je ne pensais pas qu’il pouvait exister des gens tels que ceux dépeints par Camus». Puis il y eut Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway. «Un récit simple, mais un personnage marquant qui vous convainc qu’un homme de volonté et de foi ne peut être vaincu». Avec À l’Ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, lu en pleine guerre libanaise, Alexandre Najjar se rend compte «que toutes les guerres se ressemblent». Une constatation qui servira d’ouverture à son dernier recueil de nouvelles L’école de la guerre, paru en septembre 1999 chez Balland. Le Désert des Tartares de Dino Buzzati, qui décrit la vie d’une garnison en attente de quelque chose qui ne vient pas, est également un livre qui l’a touché «par sa vision poétique de l’absurde et de la relativité de la vérité». Un roman toujours en cours, telle est sans doute la devise d’Alexandre Najjar qui lit en ce moment Crimes écrits d’Yvan Leclerc. «C’est un ouvrage très intéressant qui relate les procès de tous les auteurs du XIXe siècle confrontés à la censure et à l’obscurantisme : Flaubert, Baudelaire, les frères Goncourt, Zola…. Tous ces grands noms de la littérature furent poursuivis en justice pour “atteinte à la morale publique”, ce qui peut paraître ridicule aujourd’hui. Malheureusement, j’ai quelquefois l’impression que nous sommes encore au Liban au XIXe siècle. Les mentalités n’ont pas évolué et les ciseaux de la censure n’épargnent personne. D’ailleurs c’est l’actualité et l’affaire Khalifé plus particulièrement qui m’ont poussé à lire ce livre», conclut Alexandre Najjar. Pour notre jeune auteur national, «il n’y a pas de livres qui changent une vie. Ils aident certainement à mieux vivre. Mais je ne pense pas qu’un ouvrage puisse vraiment bouleverser une existence à part la Bible, peut-être». Par contre, s’il a choisi dès ses 13 ans sa double «vocation» d’avocat-écrivain, c’est à cause d’une figure impressionnante de la littérature française : Victor Hugo. Dont, pourtant, aucune œuvre ne l’a vraiment marqué. Les voies de la destinée, pour autant qu’elles soient littéraires, ne sont jamais linéaires !
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