Mark Philippoussis (n°16) a frôlé l’abîme lors de l’ouverture des Internationaux d’Australie de tennis, déjà privés de la participation de Patrick Rafter, lundi à Melbourne. Jelena Dokic, avec laquelle il avait remporté la Hopman Cup en 1999, y est tombée. La journée aurait pu être très noire pour les organisateurs si Philippoussis n’avait fini par émerger de sa torpeur pour battre le qualifié israélien Noam Okun, 186e mondial au classement ATP l’an dernier, 6-4, 6-2, 2-6, 3-6, 6-2. Quarante-huit heures plus tôt, il avait déclaré forfait pour la finale du tournoi sur invitation de Kooyong, qui devait l’opposer à l’Américain Andre Agassi. Les douleurs au cou qu’il avait alors invoquées et qu’on soupçonnait d’être diplomatiques n’avaient pas repris. Après deux sets sans histoire, il s’était seulement senti étrangement absent comme un géant emprunté. Dans le dernier set, Okun réussit le break pour mener 2 à 1. La peur de gagner dut alors saisir ce lutin des courts que ses trois matches des «qualifs» avaient mis très en jambes. Toujours est-il qu’il ne fit plus rien de bon, se condamnant lui-même plus que Philippoussis ne le battit. La victoire de la Hongroise Rita Kuti Kis, 86e mondiale, sur Dokic, 6-1, 2-6, 6-3, ne doit en revanche rien à personne. La jeune prodige australienne d’origine yougoslave, qui s’était illustrée l’an dernier à Wimbledon en éliminant la Suissesse Martina Hingis au premier tour, en fut d’autant plus marrie qu’elle jouait, disait-elle, merveilleusement bien à l’entraînement. Enqvist, finaliste 99, éliminé Pour mettre du baume au cœur des Australiens, il y avait le vétéran Richard Fromberg, 78e au classement ATP à la fin de l’année dernière. Après 3 heures et 44 minutes d’effort, il a sorti le Suédois Thomas Enqvist (n°6), finaliste l’an dernier, 6-4, 7-6 (7/4), 4-6, 3-6, 10-8. Demi-finaliste en 1998 après avoir éliminé Pete Sampras, le Slovaque Karol Kucera (n°14) s’est également incliné 6-2, 6-4, 3-6, 6-3, face à Paradorn Srichaphan, ce Thaïlandais de vingt ans en gros progrès en ce début d’année. Le Marocain Hicham Arazi, quant à lui, a franchi l’obstacle représenté par l’Espagnol Julian Alonso 6-3, 7-6 (8/6), 6-2. À seize ans, la Belge Kim Clijsters compte déjà deux tournois à son palmarès, le dernier, acquis à Hobart, datant de samedi dernier. Lundi, elle a subi la dure loi de son aînée Dominique Van Roost (n°14), 3-6, 6-1, 6-1, vérifiant la règle suivant laquelle ceux qui gagnent l’un des rares tournois qui précèdent Melbourne n’y brillent guère. À l’inverse, guère brillant au tournoi de Kooyong, Pete Sampras (n°3) a bien passé l’obstacle de l’Australien Wayne Arthurs, 6-4, 7-5, 6-4. Comme à toute règle, il y a une exception : Andre Agassi (n°1), vainqueur par forfait à Kooyong, qui a battu l’Argentin Mariana Puerta, 6-2, 6-2, 6-3. Seul Escudé a franchi son obstacle important Des trois Français qui avaient un obstacle important à franchir au premier tour des Internationaux d’Australie de tennis, seul Nicolas Escudé y est parvenu en battant l’Américain Jim Courier 6-7 (4/7), 6-3, 7-5, 6-1, à Melbourne. Il rencontrera au tour suivant le Néerlandais Richard Krajicek (n°9), qui a balayé Fabrice Santoro comme un fétu de paille, 6-1, 6-2, 7-5. Quant à Jérôme Golmard, il a cédé après 3 heures et 31 minutes d’une lutte serrée, 6-7 (3/7), 6-3, 7-6 (7/4), 7-6 (9/7), face au jeune marié britannique Tim Henman (n°11), ravi de ce cadeau de noces. Escudé, qui avait effectué un stage à Nouméa à partir du 14 décembre avant d’être demi-finaliste à Adélaïde, où il avait battu... Henman, n’avait jamais rencontré Courier. Pendant un peu plus de la moitié du premier set, il eut affaire à l’ancien n°1 mondial, au vainqueur de Melbourne en 1992 et 1993. Puis les services de son adversaire s’amollirent. Ses coups de patte perdirent leurs griffes. Et il déclina doucement cependant que lui-même montait en puissance pour infliger à l’Américain sa première élimination au premier tour en dix participations. Santoro et Golmard au tapis Le court n°2 n’était pas inconnu à Escudé. Il y avait remporté deux matches pour parvenir en demi-finales à la surprise générale voici deux ans. Mais en y laissant beaucoup plus d’énergie que lundi. «Il faut savoir écourter les matches quand on veut remporter un tournoi», a-t-il sereinement annoncé. Vainqueur de celui de Chennai, en territoire indien, au tout début de l’année, Golmard a subi le contrecoup de ce succès précoce. Pour lui, les choses ont traîné en longueur. Comme en 1998 où, face au même Henman, il s’était imposé 11-9 dans le cinquième set. Cette fois-ci, il sauva bien quatre balles de match et fut sur le point d’égaliser en menant 6 points à 3 dans le jeu décisif du quatrième set. Mais le rythme n’y était plus. Dans le cas de Santoro, la rapidité de la surface et des balles a joué un rôle d’autant plus important que Krajicek a servi 21 aces. Le Français essaya bien sur la fin de faire mal jouer le monstre de puissance qui lui faisait face, comme il y était parvenu deux fois pour l’emporter au cours de leurs six rencontres précédentes. Mais il était trop tard. Les têtes de série tirent leur épingle Trop tard aussi pour Anne-Gaëlle Sidot, sans premières balles de service et battue, 6-4, 6-2, par la Russe Nadejda Petrova, 93e mondiale. Et pour la petite Sarah Pitkowski, laminée 6-3, 6-1, par l’Américaine Lindsay Davenport (n°2) en match d’ouverture sur le central. De même que pour Nathalie Dechy, éliminée 6-1, 3-6, 6-1, par la Colombienne Fabiola Zuluaga, 51e mondiale. Par contre, les Françaises têtes de série ont convenablement tiré leur épingle du jeu. La finaliste de l’an dernier Amélie Mauresmo (n°7) a écarté l’Espagnole Cristina Torrens-Valero, Mary Pierce (n°4) a battu Linda Wild, une Américaine courtaude, 7-5, 6-3, Nathalie Tauziat (n°5) s’est débarrassée de la Slovaque Henrieta Nagyova (6-1, 2-6, 6-1) et Julie Halard (n°9), de la Russe Lina Krasnoroutskaya (6-2, 6-4). Sur les quatorze Français et Françaises en lice, huit ont finalement passé le premier tour lundi. L’Australie, terre d’Amélie Amélie Mauresmo, qui n’a laissé que trois jeux lundi à l’Espagnole Cristina Torrens-Valero au premier tour des Internationaux d’Australie, se sent comme chez elle au pays des kangourous. «Les gens sont sympas, explique-t-elle, il y a toujours du soleil et on me soutient quand je joue». Un an après s’être révélée au grand public à Melbourne, en atteignant la finale de l’Open, perdue 6/3, 6/2 contre Martina Hingis, elle sait que cette fois, elle sera attendue. «Surtout après tout ce qui s’est passé en 1999», glisse-t-elle. Il y a un an en effet, Amélie avait également choisi Melbourne pour révéler son homosexualité, s’affirmer et afficher du même coup sa différence. La jeune Française de 20 ans attire d’autant plus la curiosité qu’elle a gagné le week-end dernier le tournoi de Sydney, qui avait lieu dans les installations des futurs Jeux olympiques. Impressionnante de facilité, elle a terrassé coup sur coup trois des cinq meilleures joueuses mondiales actuelles : Mary Pierce en quarts de finale, Martina Hingis en demi et Lindsay Davenport en finale. C’était le deuxième titre de la carrière d’Amélie, le premier dans un tournoi majeur après un succès l’an passé à Bratislava. Décidément, l’Australie convient a Mauresmo qui, en plus de ses succès sportifs, a su conquérir le cœur du public en éclipsant les stars du moment que sont Anna Kournikova ou Jelena Dokic. Les supporters aiment sa franchise et sa rage de vaincre, qualités bien australiennes qu’elle manie à merveille, à grands coups de services gagnants et de coups droits imparables. Au bout du monde, elle semble complètement décomplexée. Elle-même s’en étonne : «Je ne pensais pas être à un tel niveau aussi tôt dans la saison !». Ce matin, au premier tour des Internationaux d’Australie version 2000, elle a attaqué son match face à Cristina Torrens-Valero au crépuscule. Il ne faisait pas encore complètement nuit quand elle a quitté le court avec sa qualification en poche, ne laissant au passage que trois pauvres petits jeux à son adversaire. «Moi j’ai encore les références de Sydney en tête. J’aurais bien aimé pouvoir m’entraîner un jour de plus», a dit la Française, qui affrontera comme l’an dernier au tour suivant la Suissesse Patty Schnyder. Amélie est de retour en Australie et, pour l’instant, c’est un retour gagnant. Déclarations • Jelena Dokic (Aus, battue par la Hongroise Rita Kuti Kis) : «J’ai perdu contre une joueuse qui n’était pas une championne et qui ne le deviendra probablement jamais. Personne n’avait entendu parler d’elle et elle m’a battue. Elle a joué incroyablement bien aujourd’hui. Pourtant, cela allait très bien à l’entraînement. Si vous m’aviez vue! Seulement deux ou trois joueuses auraient pu me battre en jouant comme ça. L’année dernière, personne ne me connaissait. J’ai battu Hingis à quinze ans et Sanchez et Testud. J’ai aussi déjà connu des déceptions plus grandes». • Amélie Mauresmo (Fra/n°7, vainqueur de l’Espagnole Cristina Torrens Valero) : «Cela fait plaisir de se retrouver ici. J’ai joué tard et, en attendant l’heure de mon match, j’ai eu le temps d’aller à droite et à gauche. Les gens me reconnaissent et aiment bien ma manière d’être et de me comporter sur le terrain. La surface est un peu plus rapide qu’à Sydney et j’ai encore besoin d’une journée d’adaptation».
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