Les pédophiles sont nombreux et multiples sont les causes de leur pédophilie. À côté de la pédophilie paraphile, la plus grande partie de la population des agresseurs sexuels est constituée de pédophiles psychopathes. Pour mieux cerner cette différence, il est intéressant de relever la réflexion apportée par Daniel Beaume et Marie-José Mabire (2) : «Le terme de pédophilie, qui inclut la notion de déviance sexuelle et celle de paraphilie, tend aujourd’hui à remplacer le terme de perversion, lequel est trop ambigu car il recouvre à la fois la tendance à faire mal, celle à transgresser la loi morale et le comportement sexuel déviant en lui-même. Or une grande majorité de pédophiles ne manifestent aucun trait de perversité, au sens où leur sexualité n’est ni cruelle ni sadique. On peut toutefois repérer un certain nombre d’invariants psychologiques et sociaux… Le pédophile se présente parfois comme Monsieur Tout-le-monde, son acte ne doit pas être confondu avec ceux de pédophiles souvent organisés en réseau». Il s’agit, en général, d’un individu «stable», «organisé» et d’«intelligence normale». Besoin de «séduction», excitation «sexuelle», fantasmes «obsédants»… il «commet ses agressions de façon organisée et adroite, ce qui peut l’abriter de toute suspicion par son entourage». Individu «immature» qui considère l’enfant comme un «interlocuteur parce qu’il est incapable de communiquer avec les autres adultes», il est à la recherche d’une vie de «couple». Ce sont des indices que l’on rencontre souvent chez les «pères incestueux». Carences affectives qui montrent des «images parentales dévalorisées», une «faible capacité à établir des relations avec l’autre» et un «manque d’intérêt pour l’extérieur». D’où un «repli sur soi» et peu d’«issues satisfaisantes à ses désirs affectifs, culturels et sexuels» Le pédophile a le «sentiment de ne pas être aimé» et d’être «inutile». D’échec en échec, il peut plonger dans la dépression, voire le suicide. Le psychopathe : émotion superficielle C’est une personne «exubérante», «égocentrique», «manipulatrice», «insensible aux autres» qui éprouve des «émotions superficielles et labiles», en établissant «peu de liens durables» et «peu d’empathie», d’«anxiété ou de culpabilité réelle». Les symptômes qui apparaissent durant «l’enfance» ne sont «réellement évalués qu’à l’adolescence». Il s’agit d’un «trouble chronique qui parfois s’atténue vers la quarantaine. L’inadaptabilité sociale domine toute l’histoire du psychopathe». Difficultés scolaires et manisfestations «caractérielles» sont fréquentes. Et la délinquance est parfois au bout du chemin. Impulsif, agressif, le psychopathe est capable d’établir des «relations à autrui» mais avec la recherche de «l’autosatisfaction sans souci de l’autre». Un «passage à l’acte qui peut être délictuel» n’est pas à exclure surtout lorsque l’anxiété est manifeste. Hystérie, narcissisme, mythomanie… ne sont pas à exclure. On parle même d’humeur «instable» et de «geste suicidaire impulsif». Et pourtant, l’«origine et le développement de la psychopathie sont encore inconnus à l’heure actuelle. Toutefois quelques pistes de recherche sont déjà ouvertes autour de facteurs psychogénétiques; neurobiologiques et sociaux». Le père incestueux : le sentiment de n’être pas coupable Loin des explications freudiennes (complexe d’Œdipe), des conceptions évolutionnistes ou des analyses d’anthropologues anglo-saxons… nous allons essayer de tracer le portrait des pères inscestueux qui «semblent la plupart du temps ignorer une quelconque prohibition de l’inceste». L’abus sexuel serait, pour certains, un «droit à l’initiation que leur confère leur rôle de père». Pour d’autres, c’est une réponse «à la demande sexuelle de leurs enfants ou à leurs comportements provocateurs». Ils ne se sentent pas coupables et ont du «mal à envisager d’éventuelles conséquences traumatiques». Ne présentant pas, la plupart du temps, de «troubles psychopathologiques», peu possèdent des «antécédents psychiatriques ou judiciaires». L’abus sexuel concerne, en général, des adultes d’une quarantaine d’années dont certains ont eux-mêmes subi des agressions sexuelles… Le niveau scolaire est «moyen» et il sont «reconnus comme honnêtes et travailleurs» dans leur milieu professionnel. Conformistes dans l’ensemble, ils se réfèrent «à la loi et la religion»… Par peur ou par complicité, défaillante ou elle-même agressée, l’épouse peut faire «alliance» par «soumission» ou par «peur». D’où une «confusion de rôles» et l’isolement de la famille… (1) Nathalie Chémaly a soutenu en octobre 1999 un mémoire de maîtrise en service social sous la direction du professeur Bernard Gerbaka, docteur en pédiatrie, et de Mlle Jamilé Khoury, responsable de la Formation permanente à l’ELFS de la FLSH de l’USJ. (2) L’Enfant abusé sexuellement – Daniel Beaume et Marie-José Mabire – Gaëtant Morin éditeur – Interventions psychosociales – Les personnes –1998 – France.
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