La spectaculaire contre-offensive des Tchétchènes, qui ont repris certaines localités sous contrôle de Moscou, constitue un revers inquiétant pour les Russes désormais confrontés à une meurtrière guerre de harcèlement dans des territoires théoriquement «libérés». «Notre but n’est pas de prendre des localités mais de porter le maximum de coups, puis de nous retirer», a expliqué dans un entretien téléphonique le porte-parole de la présidence tchétchène Saïd-Selim Abdoulmouslimov. «Nous n’allons pas rester dans ces localités. Nous allons entraver les mouvements des Russes, tendre des embuscades aux blindés qui se déplacent et frapper les Russes sur tout le territoire tchétchène», a ajouté un autre responsable tchétchène, Movladi Oudougov, joint par téléphone en Tchétchénie. Les Russes ont annoncé avoir perdu 26 soldats dimanche pour tenter de reprendre le contrôle de Chali et Argoun passées aux mains des Tchétchènes et pour défendre Goudermès. De violents combats continuaient lundi dans cette zone de l’est de la Tchétchénie. Depuis le début de leur intervention en Tchétchénie, le 1er octobre, les Russes ont multiplié les victoires : ils ont pris coup sur coup les principales villes de la république indépendantiste, encerclé la capitale Grozny et annoncé contrôler 90 % du territoire après avoir repoussé les rebelles dans les zones montagneuses du Sud. Les Russes disposent d’une puissance de feu incomparablement supérieure à celle des Tchétchènes mais leurs effectifs sur place semblent insuffisants pour à la fois faire la guerre et contrôler les territoires conquis. Quelque 100 000 hommes des ministères de la Défense et de l’Intérieur sont déployés en Tchétchénie, selon des estimations russes, alors que l’un des principaux experts militaires russes, Pavel Felguenhaueur, estime qu’il en faudrait quatre fois plus. La contre-offensive des rebelles a montré les limites du contrôle russe sur la Tchétchénie. Le 3 janvier, les Tchétchènes reprennent Alkhan-Kala, Alkhan-Iourt et Krasnopartizanski (10 km au sud-ouest de Grozny). le lendemain, ils abandonnent ces positions pour se regrouper à Alkhan-Kala, qu’ils quittent deux jours plus tard, la ville étant attaquée par les Russes. Le 7 janvier, ils prennent Argoun et Mesker-Iourt (est de Grozny) et dimanche Chali, à 25 km au sud-est de la capitale tchétchène. Ils ont également affirmé s’être emparés dimanche d’Atchkhoï-Martan (35 km au sud-ouest de Grozny), mais cette information a été démentie par des réfugiés interrogés par l’AFP. Les Tchétchènes ont commencé par des opérations faciles, reprenant le contrôle des trois localités du sud-ouest de Grozny, où les Russes n’avaient établi aucun poste militaire. Après avoir nargué les Russes quelques jours, ils se sont repliés après avoir été attaqués. Vendredi, les Tchétchènes se sont montrés plus audacieux, attaquant des colonnes de blindés russes à l’est de Grozny et des positions russes à Chali et Argoun. À chaque fois, les opérations sont menées par quelques centaines de combattants qui ne semblent avoir aucun mal à se déplacer dans les territoires théoriquement sous contrôle russe. Selon un correspondant de presse qui a traversé l’ouest de la Tchétchénie et la zone d’Alkhan-Kala, les Russes contrôlent les principaux axes routiers mais seulement dans la journée et le passage de plusieurs centaines de combattants la nuit, même à proximité des postes russes, ne pose guère de problème. La nouvelle stratégie appliquée par les Tchétchènes, qui rappelle celle utilisée lors du premier conflit (décembre 1994-août 1996), inquiète Moscou : les pertes russes risquent d’augmenter considérablement et la guerre durer plus longtemps que prévu, malgré les promesses des généraux russes d’en finir avant fin mars.
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