Valdimir Poutine a signé hier un décret qui modifie de façon drastique la stratégie des forces de sécurité russes pour prendre en compte le terrorisme et le crime organisé. Sergeï Ivanov, secrétaire du Conseil de sécurité du Kremlin, a déclaré que la doctrine en vigueur depuis 1997 avait nécessité d’importantes révisions pour intégrer également les problèmes liés à l’écologie, à la santé et à l’informatique. Le recadrage fixe «une définition claire du concept de monde multipolaire et de la façon dont la Russie va défendre ses intérêts nationaux», a-t-il dit, selon l’agence Interfax, au terme d’une rencontre avec le président par intérim. La nouvelle doctrine de sécurité se matérialise sous forme d’un document de 21 pages. L’agence RIA croit savoir que le texte sera publié dans la presse. Ancien officier du KGB et ancien chef des services secrets russes (FSB), Vladimir Poutine avait annoncé dès son accession à la présidence par intérim que «les capacités des services spéciaux ne seraient pas seulement maintenues mais renforcées». Selon les spécialistes des affaires de sécurité et observateurs politiques, le dauphin de Boris Eltsine a ainsi montré qu’il entendait faire de la lutte contre le crime organisé et contre le terrorisme un de ses arguments électoraux pour la présidentielle du 26 mars prochain. «S’il doit faire campagne en position de favori, il faut qu’il confirme qu’il est capable de régler les problèmes. Et pour parvenir à cela, il faut qu’il renforce les structures responsables du respect de la loi», a déclaré Henry Plater-Zyberk, spécialiste de la Russie au Centre britannique d’étude des conflits. Sergeï Ivanov n’a pas précisé si le décret signé hier prévoyait des réformes structurelles des services de sécurité. Henry Plater-Zyberk estime que Vladimir Poutine regroupera peut-être certains services mais doute qu’il décide de recréer le KGB sous forme d’un ministère des Affaires de sécurité. «L’objectif n’est pas d’ajouter un ministère mais de créer une structure qui fasse le travail qu’on réclame d’elle», a-t-il dit. Sergueï Markov, directeur de l’Institut des études politiques de Moscou, est du même avis. «Je ne pense pas qu’un service de sécurité unique sera créé. Je crois plutôt qu’une structure puissante sera formée dans le cadre de l’administration présidentielle pour coordonner l’action de ces services». Le Conseil de sécurité, dont Vladimir Poutine est un ancien secrétaire, pourrait servir de base à cette réforme. Du temps de l’URSS, tous les services secrets russes, à l’exception du renseignement militaire GRU, étaient regroupés au sein du KGB créé en 1954 par Staline et héritier de la Tchéka de Lénine et Trotski. Selon certains observateurs, Vladimir Poutine s’est donné pour modèle Youri Andropov, ancien chef du KGB, qui s’efforça pendant les deux ans qu’il passa à la tête de l’URSS de 1982 à 1984 de lutter contre la corruption et de restaurer l’ordre civique. Ces mêmes observateurs jugent que Vladimir Poutine doit à sa ressemblance avec Andropov d’être crédité de plus de 50% des intentions de vote à la présidentielle. «Il est évident que les gens ont décidé que Poutine était le dirigeant de fer qu’ils attendaient depuis des années», déclare Youri Levada, un des meilleurs spécialistes russes des sondages. «Il n’a pas d’adversaires, soutient Sergueï Markov. Ses seuls adversaires sont le chaos et l’instabilité».
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