Rencontres d’une heure ou plus, certaines ont ému, impressionné ou légèrement déçu. Il en reste des mots, dits, parfois tus, des images, des sentiments pudiques ou dévoilés. Dernier regard sur des moments d’émotions. L’instant retenu… Georgina Rizk : Premier «perdu de vue», premières retrouvailles avec une image sur papier glacé qui se met brusquement à vivre. Et première impression qui soulage, Georgina est toujours aussi belle. Elle a parlé de sa vie, en choisissant de taire les événements, détails, souvenirs qui lui appartenaient. Reine des podiums, elle continue à régner sur sa vie très privée avec une force tranquille. Rémi Bendali : La mémoire intacte, presque entêtée, on attendait un petit bout de trois ans, vêtu d’une robe à dentelle blanche, et qui n’aurait qu’une phrase au bout de ses lèvres, Donnez-nous l’enfance ! Rémi a troqué son enfance mouvementée contre une adolescence plus calme. Cette étrange rencontre s’est faite à deux voix, à deux visages … Avec, en coulisses, une mère qui soufflait aux deux Rémi les textes à réciter. Finalement, «tout le monde a gagné !». Abdallah Nabbout : Un poète de l’humour noyé dans une pièce trop étroite de banquiers très sérieux … Ce grand enfant a instantanément retrouvé ses jeux de mots, rangés, provisoirement, dans l’album de ses souvenirs, brandissant avec bonheur – c’est ainsi qu’il se mit à sourire – ses merveilleux talents d’acteur. Leila Rustom : L’image est intacte, la couleur en plus… La rencontre de Leila Rustom dans cet appartement abandonné, depuis son exil égyptien, ressemble étrangement à une de ses apparitions sur petit écran, même sourire distant, même voix accueillante, même textes retenus. Leila Rustom n’a rien perdu de son professionnalisme… Émilie Barakat : De passage au Liban pour des vacances ensoleillées, Émilie jolie fut surprise et touchée de sentir que les gens se rappelaient, car elle n’avait pas oublié. Pleins de spontanéité, ses mots ont eu le goût salé de ses larmes, émotions d’un passé ravivé par des lieux, des visages, un accent tendre. Émilie qui rit a pleuré de nostalgie heureuse dans ce café-trottoir, lieu anonyme brusquement inondé d’odeurs, douces saveurs d’hier. Les frères Saadé : L’entretien avait lieu dans le centre sportif d’André «Beauté, santé, force». Jean se rappelait, racontait les infimes détails d’un passé glorieux. Les photos étalées sur une table des années 70 illustraient parfaitement ses propos… Lorsque André est arrivé, fatigué, malade, si loin de ces images du bonheur, le nom de son centre résonnait presque cruellement dans nos esprits. Les souvenirs ont vite pris leur lot d’amertume, un sentiment de «jamais plus». André nous a quittés un mois plus tard. Prosper Gay Para : Prosper et ses prospères souvenirs… Drôle de personnage, personnage tellement drôle! Sa mémoire est si précise qu’on s’étonne qu’il n’ait rien oublié, si chargée qu’on se demande, un moment, si tout ceci a vraiment existé. Le grand Prosper parle, avec ses mots francs, «qu’il ne mâche pas». Une ombre, derrière lui, imposante, ne le quitte pas. Double, faux-jumeaux, gloire d’un passé glorieux, ce portrait immense, en aquarelle, du maître des lieux, semble presque aussi bavard que Prosper lui-même. L’entretien a duré trois heures… De 1914 à 1975, la promenade fut longue. Le lendemain, Prosper a reçu de nombreux coups de téléphone de gens «qui ont cru que j’étais passé !». Wissam Ezzeddine : Il connaît la télévision sur le bout de ses doigts, comme s’il l’avait créée, sculptée, avec passion, amour, sur le bout de sa mémoire, de son expérience. Wissam Ezzeddine murmurait ses déceptions, parlant sans cesse d’«elle», en conjuguant le verbe aimer à tous les temps. «J’ai peur qu’on me prenne à présent pour un grand charmeur !», avouait-il après la parution de son article, avec humour. Lucien Dahdah : Il joue avec ses mots comme d’autres jouent aux cartes. Avec art et intelligence. Et les collectionne, comme tous ces objets éparpillés dans sa belle demeure. Des mots pensés, lus, archivés dans son immense bibliothèque, devenue pièce principale. Cet empereur perché sur sa colline entouré d’une cour de fidèles, qui l’écoutent et apprécient, reçoit avec un plaisir inégalable. Le plaisir fut partagé. Les Chansonniers de la Route : Sami Nader, le seul acolyte à avoir retrouvé le Liban, fut un des «perdus de vue» les plus jeunes… Étonnamment, un des plus amers… Regrets d’un passé chargé, image de toute une génération blessée par une guerre cynique et inutile, bilan triste d’un rire que les «grands» ont choisi de faire taire. Raymonde Anghelopoulo : Surprenant «p’tit bout de femme», et parcours surprenant, de la télévision au monde des affaires, de Beyrouth à Tokyo, tant d’efforts pour recommencer, continuer et surtout réussir. Effacer les séparations, grandes et petites, pour n’afficher qu’un sourire triomphant, signe d’une force intérieure presque déconcertante… Sylvio Tabet : Il a conclu l’entretien avec un «Vous avez de la suite dans les idées !»; il en fallait de la suite et des idées pour retrouver ce pur produit de la publicité devenu producteur de cinéma au royaume de Hollywood. Avec un côté star glamour, une sérénité et un bonheur en prime, il s’est raconté autour d’un petit déjeuner frugal, interrompu par de nombreux «e-mails» urgents à envoyer. Seul son sourire irrésistible l’a sauvé de notre impatience !
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