Deux «monstres» du cinéma japonais, Akira Kurosawa et Nagisa Oshima, font un retour remarqué sur les écrans avec, pour le premier, un film posthume terminé par sa fidèle équipe et, pour l’auteur de L’Empire des sens, son premier long métrage de fiction depuis treize ans. Les Japonais découvrent Gohatto d’Oshima cette semaine, mais devront attendre l’an 2000 pour se faire une opinion sur Ame Agaru («Après la pluie»), le projet que Kurosawa n’a pu mener à son terme avant sa mort, à 88 ans, en septembre 1998. Le jour des funérailles du plus célèbre des cinéastes nippons, son équipe avait décidé de donner jour au film «alors qu’il ne manquait que les dix dernières lignes du scénario», raconte son fils aîné, Hisao Kurosawa, aujourd’hui à la tête de la maison de production Kurosawa Production. «Très naturellement», la réalisation a été confiée à Takahashi Koizumi, l’assistant réalisateur de Kurosawa pendant 28 ans et «le mieux à même de comprendre et concrétiser ses idées». Pour son premier long-métrage, Koizumi a été plus rapide que son maître puisqu’il «a tourné en deux mois avec soixante personnes alors qu’il aurait fallu six mois et 120 personnes à mon père», sourit Hisao Kurosawa. Comme Gohatto, Ame Agaru est une histoire de samouraïs. Il relate quelques jours de la vie d’un «ronin», un guerrier sans maître, dont l’excellence dans le maniement du sabre va de pair avec une grande maladresse dans les relations sociales. Huis clos chez les samouraïs Conformément aux vœux de Kurosawa, Après la pluie est une «histoire simple, peu spectaculaire», indique son fils. Œuvre contemplative et positive, elle salue la vie libre et l’amour gauche entre le samouraï et sa femme dans la beauté luxuriante de la montagne japonaise. «Le film doit offrir un sentiment de grande sérénité aux spectateurs», avait écrit le cinéaste dans ses dernières notes. Gohatto est bien plus sulfureux, à l’image de Nagisa Oshima, cinéaste provocateur et controversé. C’est un huis clos au sein d’un clan de samouraïs d’élite, le Shinsen-Gumi, chargés de combattre les contre-révolutionnaires en 1865 à Kyoto. Entre ces «hommes exceptionnels» se tissent des jalousies amoureuses, plus ou moins avouées et secrètes, qu’attise l’arrivée en leur sein du jeune Kano, 18 ans, «à la beauté captivante». Cette tension est rendue par des valeurs sûres du cinéma nippon, à l’instar de Takeshi Kikano, et des espoirs comme Tadanobu Asano et Shinji Takeda. Oshima, 67 ans, avait disparu des salles obscures depuis 1986 et Max mon amour, tourné en France avec Charlotte Rampling et un chimpanzé. Une absence qu’il explique par l’attrait de nouveaux horizons (télévision, documentaires), la crise financière du cinéma nippon et des problèmes de santé. En 1996, une violente attaque cérébrale l’a laissé en partie paralysé. «J’ai cru que je ne pourrais plus jamais tourner», témoigne-t-il. Oshima s’affirme «très satisfait» de Gohatto, un film ambitieux et complexe qu’il portait «depuis vingt ans» et qui surprend le spectateur avec des réminiscences de l’esthétisme naïf des films muets d’avant-guerre. Gohatto, coproduit par Shochiku, Canal+ et BAC Films, pourrait être présenté au prochain Festival de Cannes avant d’être diffusé en Europe. Présenté hors compétition à la dernière Mostra de Venise, Ame Agaru est coproduit par le Français Elie Chouraqui.
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