Depuis quelques années déjà, les cercles scientifiques constatent que les maladies infectieuses représentent la première cause de mortalité dans le monde. L’apparition de nouvelles maladies, dont une trentaine d’affections contre lesquelles il n’existe pas encore de traitement efficace, constitue l’une des deux principales causes de préoccupation mondiale. L’autre c’est la résurgence alarmante de maladies contagieuses devenues insensibles aux antibiotiques ou résistantes à ce genre de thérapie. Il y a quatre ans, le président Jacques Chirac, dans son discours à l’occasion de la fête nationale (14 juillet 1996), avait abordé ce sujet en insistant sur la nécessité d’accorder une plus grande importance sur la microbiologie, la virologie et la parasitologie plutôt qu’à la biologie moléculaire, compte tenu du fait que les maladies infectieuses étaient en train de resurgir sous de nouveaux aspects. Dans les cercles scientifiques, le discours présidentiel n’avait pas manqué de créer des remous. Mais voilà que quatre ans plus tard, l’alarme se confirme. Les maladies infectieuses gagnent du terrain... Un des principaux soucis de la médecine préventive, l’éternel combat de l’homme contre les microbes, trouve ainsi une nouvelle actualité: que la victoire de l’homme sur les microbes soit totale... Avec la découverte des antibiotiques, on croyait les microbes à jamais vaincus et le danger des grands fléaux d’antan écarté définitivement. Or, voilà que de plus en plus souvent on réalise que ces remèdes miraculeux ont des effets parfois aussi virulents que les maux qu’ils combattent. L’exemple du vaccin contre la coqueluche qui, malgré son incontestable efficacité, avait l’inconvénient de provoquer des réactions, de la fièvre et parfois des encéphalites... Grâce à la biologie moléculaire, il a été possible de déceler les éléments de virulence du germe et d’adapter le vaccin en conséquence. Le vaccin actuel est parfaitement efficace et beaucoup mieux toléré... Mais l’exemple reste très significatif. Il prouve, s’il en était besoin, que la biologie moléculaire est essentielle à la microbiologie. Grâce à cette association, la lutte contre les maladies infectieuses peut marquer d’importants progrès: meilleure connaissance des agents responsables de l’infection, développement de vaccins, techniques, diagnostics, traitements innovateurs plus efficaces. Il est certain qu’à l’heure actuelle nous assistons avec l’étude de la physiopathologie cellulaire et moléculaire à une meilleure compréhension des processus infectieux. Conclusion: les deux disciplines sont essentielles dans le combat contre les microbes, car malheureusement les maladies infectieuses évoluent mais ne disparaissent pas... Le défi lancé par les maladies Il faut, en effet, relever de nouveaux défis lancés par ces vieux fléaux à l’humanité d’aujourd’hui. Confrontés aux vaccins, aux antibiotiques, aux antiviraux, les micro-organismes réussissent à survivre modifiant leur stratégie comme ils l’ont fait souvent à travers les siècles. Selon les chercheurs et les savants, il existe depuis la nuit des temps une symbiose entre l’homme et les organismes pathogènes. Plus on met la pression contre eux, plus on assiste à la survenue d’autres agents, dotés de mécanismes pathogéniques différents et originaux. L’exemple du sida semble assez convaincant. En ouvrant de grandes batailles contre les germes ennemis on s’expose fatalement à rencontrer des maladies neuves. Mais il est aussi certain que les agressions écologiques inhérentes au développement actuel (déforestation, pollution et autres) mettent l’homme en contact avec des espèces animales vectrices de micro-organismes pathogènes nouveaux. La fièvre d’Ebola plaide, en effet, pour ce point de vue. Et il en est de même pour la fièvre de Marbourg et quelques autres, sans parler de la diversification des échanges et l’amplification des transports entre contrées et continents favorisant la dissémination d’infections neuves. La multirésistance aux antibiotiques Si le mauvais usage des antibiotiques est, à juste raison, souvent invoqué pour expliquer la multirésistance des germes à ces produits, il ne faut pas, ici aussi, méconnaître les aptitudes défensives de ces organismes coriaces: la plasticité extrême du génome bactérien, la sécrétion de facteurs protecteurs qui créent une gangue de protection quasi impénétrable. Autant de moyens de défense qui s’opposent à l’extermination. Mais les voies nouvelles où la biologie moléculaire peut être appliquée efficacement sont nombreuses. Les travaux fondamentaux se complètent par la mise en place d’études plus globales du problème, comme aussi de stratégies de défense contre les maladies infectieuses. «Pour anticiper les maladies émergentes, il faut créer des stations d’alerte sur le terrain, installer un réseau médico-scientifique, conseille un des directeurs de l’Institut Pasteur (Paris), si on veut gagner sur les microbes il faut essayer d’être plus malins qu’eux, très vigilants et très pugnaces...». Le combat de David contre Goliath trouve dans cette guerre, nullement biblique, une étrange résonance.
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