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Actualités - Chronologie

Nuits blanches sous les balles au camp de Khan Younès

 Dans les maisons vétustes du camp de réfugiés de Khan Younès, à portée de tirs et de vue des positions militaires israéliennes qui défendent la colonie juive voisine de Gush Qatif, «on a oublié ce que le mot “dormir” veut dire». Tous les soirs, aux environs de 20h00, le crépitement des armes automatiques vient troubler les nuits du camp, à peine remis des affrontements du jour entre jeunes Palestiniens et soldats israéliens. «Les Israéliens tirent toute la nuit des rafales sans viser, au hasard», affirme Rana Sahloul en faisant visiter sa chambre. Elle montre un petit trou dans la fenêtre. Puis un autre, suivant la même trajectoire, à travers le rideau, dans la porte de son placard et enfin dans le mur. «La balle est passée à cinquante centimètres au-dessus de mon lit alors que j’étais couchée, raconte-t-elle. Depuis, je n’ose plus dormir ici, alors je pars chez ma mère». Dans ce quartier misérable, les gamins se disputent presque pour montrer au journaliste «les impacts de balles israéliennes». Ici, un mur constellé de trous, là, des volets percés, une citerne d’eau trouée, un toit de tôle déchiré ou même des vêtements déchiquetés dans une armoire. «La dernière prière est mon ultime sortie de la journée», assure Kamel Abou Aker. «Après, je ne peux même plus passer la porte de ma maison, car j’ai peur de tomber sur un soldat». Ce chauffeur de bus, arrivé dans le camp en 1952, a déjà vécu des moments difficiles avec les Israéliens. «Mais c’était la guerre, et non pas officiellement la paix comme aujourd’hui», insiste-t-il, en se plaignant de «ce couvre-feu qui ne veut pas dire son nom». Dans un coin, Siham, l’une de ses 24 enfants, fait cuire le pain. Un triste néon éclaire la pièce d’une pâle lumière. Au mur, une publicité pour une barre chocolatée fait office de décoration, entre des bouquets de fleurs artificielles. C’est ici qu’essaie de dormir le soir le gros de la famille. À quelques pâtés de maisons, Rawda et Khaled Abou Zarga se disent «paralysés de peur». «Il y a une dizaine de jours, des hélicoptères ont bombardé Khan Younès. Cette nuit-là, je n’ai pas bougé de mon lit», raconte Rawda. Ses deux fils, âgés de 7 et 6 ans, font cauchemar sur cauchemar et même pipi au lit. «Et mon dernier garçon répète toujours : “Je veux dormir avant le début des tirs”». La maison de Nadji Abou Awad n’est guère mieux lotie. À ses pieds, un vaste terrain vague jonché de détritus ouvrant directement sur trois fortins militaires israéliens situés à moins de cinq cents mètres et bien visibles des fenêtres. Il y a aussi une école, dont le mur est mitoyen, et «d’où partent des tirs la nuit», admet ce père de neuf enfants. D’habitude, les habitants du camp soutiennent que les tirs ne viennent que du camp israélien. «Il n’y a jamais d’échanges de tirs», prétend ainsi Kamel Abou Aker. «Simplement, les soldats tirent sur nous au moindre mouvement suspect». Interrogés, les militaires israéliens installés en face assurent, pour leur part, qu’ils se font tirer dessus «chaque nuit». «Et pas seulement avec de vieilles Kalachnikov», indique l’un de ces soldats, un druze, «mais aussi avec un très bon équipement muni de visée nocturne». Naji Abou Awad n’en dira pas plus. Dans sa maison, il a déménagé les chambres les plus exposées. Et il dort avec sa femme et ses neuf enfants dans une petite pièce en retrait, derrière un mur de sacs de sable.
 Dans les maisons vétustes du camp de réfugiés de Khan Younès, à portée de tirs et de vue des positions militaires israéliennes qui défendent la colonie juive voisine de Gush Qatif, «on a oublié ce que le mot “dormir” veut dire». Tous les soirs, aux environs de 20h00, le crépitement des armes automatiques vient troubler les nuits du camp, à peine remis des affrontements du jour entre jeunes Palestiniens et soldats israéliens. «Les Israéliens tirent toute la nuit des rafales sans viser, au hasard», affirme Rana Sahloul en faisant visiter sa chambre. Elle montre un petit trou dans la fenêtre. Puis un autre, suivant la même trajectoire, à travers le rideau, dans la porte de son placard et enfin dans le mur. «La balle est passée à cinquante centimètres au-dessus de mon lit alors que j’étais couchée,...