Ryad ne cache plus son irritation à l’égard des États-Unis pour leur politique au Proche-Orient, les avertissant qu’ils doivent tenir compte de leurs intérêts en Arabie séoudite, un de leurs principaux alliés dans la région. «Pour les dirigeants séoudiens, des responsables au département d’État et à la Maison-Blanche sont alignés sur Israël et ne prennent pas en considération les intérêts des États-Unis dans le monde arabe», a déclaré un diplomate occidental. Il résumait l’exaspération des autorités séoudiennes face aux dizaines d’Arabes tués par l’armée israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, depuis le 28 septembre. Réuni lundi sous la présidence du roi Fahd, le Conseil des ministres séoudien a pressé Washington de «jouer un rôle crucial de nature à mettre fin aux agressions israéliennes contre le peuple palestinien». «(Ryad) rappelle aux États-Unis leur responsabilité en tant qu’unique grande puissance ayant des intérêts stratégiques dans la région», a averti le quotidien al-Watan. «Je crois que l’intérêt de l’Administration américaine consiste à ne pas adopter les mêmes positions que le Congrès, car les intérêts réels de cette Administration se trouvent dans les pays arabes», a dit le ministre séoudien de la Défense, Sultan ben Abdel Aziz. Il commentait l’adoption le 26 octobre par la Chambre des représentants américaine d’une résolution exprimant «sa solidarité avec l’État et le peuple d’Israël» et condamnant l’Autorité palestinienne. La dure répression des manifestants palestiniens par l’armée israélienne a suscité un élan de solidarité avec les Palestiniens sans précédent en Arabie séoudite, comme dans les autres monarchies pétrolières du Golfe. Cette position a été transmise, a indiqué le prince Sultan, à la secrétaire d’État Madeleine Albright, venue à Ryad peu avant le sommet arabe du Caire le 21 et 22 octobre pour tenter d’obtenir le soutien séoudien à la politique américaine au Proche-Orient. Le ton a été donné au plus haut niveau par le prince héritier Abdallah ben Abdel Aziz qui, dans des termes d’une violence inhabituelle, avait pris à partie les États-Unis qu’il a rendus «responsables de l’effondrement du processus de paix» au Proche-Orient. «Les États-Unis, parrains du processus de paix, assument une responsabilité particulière dans l’effondrement du processus de paix (...), le parrain étant supposé demander des comptes au responsable d’un tel effondrement», a-t-il dit le 21 octobre lors du sommet arabe. Et d’ajouter : «Nous refusons de céder à toute pression politique ou militaire. Nous avons opté pour l’indépendance dans les paroles et dans les actes». L’Arabie, liée traditionnellement par des liens stratégiques aux États-Unis dont elle est l’un des principaux fournisseurs de pétrole, accueille sur son sol quelque 4 000 militaires américains, chargés officiellement de faire respecter la zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Irak. Les échanges commerciaux bilatéraux se sont élevés à plus de 17 milliards de dollars en 1998. Ces troupes, cibles d’un attentat qui a coûté la vie à 19 militaires américains le 25 juin 1996 à Dhahran (est), ont été placées en état d’alerte maximum lundi dernier en raison d’une «menace crédible» d’attaque terroriste contre des cibles indéterminées, selon le Pentagone.
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