Surnommé Slick Willie (Willie le fourbe) ou le Come-Back Kid (l’increvable), Bill Clinton a été durant son double mandat présidentiel le dirigeant de la prospérité retrouvée, mais aussi l’homme par lequel le scandale arrive. Rarement un président américain aura réussi en huit ans à garder l’appui de la majorité des Américains pour sa gestion des affaires du pays, tout en suscitant autant de réserves en faisant douter de sa sincérité, voire son honnêteté. En novembre 1996, il était entré de plain-pied dans l’histoire des États-Unis en devenant le premier président démocrate à se faire réélire depuis Franklin Roosevelt. C’est un couronnement pour ce modeste enfant de l’Arkansas qui a, dès son plus jeune âge, voué l’essentiel de sa vie à une ambition politique sans mesure, qu’il a satisfait en 1992 en devenant à 46 ans le plus jeune président américain depuis John Kennedy, après avoir été durant dix ans gouverneur de l’Arkansas. L’Amérique ne donnait pourtant plus cher de ses chances au lendemain des législatives de novembre 1994, marquées par un raz-de-marée républicain qui sanctionnait une série d’erreurs politiques (avec notamment l’échec spectaculaire de son projet de réforme du système de santé), son manque d’expérience de Washington, ainsi que la persistance des scandales vrais ou faux (Whitewater, Paula Jones) qui ont poursuivi Bill Clinton et son épouse Hillary. Considéré par nombre d’analystes comme l’homme politique le plus brillant de sa génération, Bill Clinton entame au lendemain de cette défaite un brutal changement de cap au centre, n’hésitant pas à s’inspirer de thèmes chers aux républicains, en se faisant le champion de l’équilibre budgétaire et de la réduction des services gouvernementaux, et en démantelant partiellement le système d’aide sociale. Sa volonté de rigueur budgétaire couplée à la révolution des technologies de l’information qui dope l’économie américaine, son souci de répondre aux préoccupations quotidiennes des Américains (criminalité, éducation) contribueront à son rétablissement spectaculaire et à son élection à un second mandat à la Maison-Blanche contre Bob Dole, un candidat républicain vieillissant. Mais la seconde lune de miel de Bill Clinton ne durera guère plus d’un an. Fin janvier 1998, les rumeurs sur ses infidélités conjugales, qui le poursuivent depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le rattrapent. Le procureur indépendant chargé de l’affaire Whitewater, Kenneth Starr, étend son enquête à une ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky, qui aurait eu une liaison avec le président. Celui-ci niera farouchement pendant huit mois avant d’être confondu par les preuves qu’a accumulées le magistrat. Il connaîtra l’humiliation suprême en devenant le second président américain de l’histoire à subir l’infamie d’un procès en destitution au Sénat (Chambre haute du Parlement), ouvert le 7 janvier 1999, pour «parjure et entrave à la justice». La lassitude des Américains devant l’étalage de ses frasques sexuelles le sauvera d’un renvoi ignominieux. Le Sénat l’acquitte le 12 février suivant, faute des deux tiers des voix nécessaires à sa destitution. Mais ses mensonges et ses vaines tentatives pour se disculper ont laissé une trace indélébile à sa présidence, malgré une prospérité économique sans précédent, et des efforts inlassables pour faire avancer la cause de la paix, de l’Irlande du Nord au Proche-Orient en passant par le Kosovo, et laisser à la postérité un bilan positif.
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