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Stavro, « trait spécial »

BIOGRAPHIE
23/12/2000
Paparazzi atteint de boulimie aiguë, Stavro Jabra traque l’insolite depuis plus de trente ans pour en faire un scoop et apaiser – provisoirement –son appétit de sensationnel. Les stars du monde, les politiciens, les femmes, nous pauvres Libanais, en photos ou en caricatures, tous sommes passés sous le couperet de sa plume ou de son objectif. Avec la gaieté d’un Obélix des villes, de nombreux kilos en moins, ce forcené du travail, apprécié ou critiqué mais toujours à la recherche d’une vérité sans censure ni limite, continue de crier, dessiner tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. ans son bureau où s’entassent dans un gai désordre des années de travail, des appareils photo, des cartes de presse, des milliers d’images et encore plus de caricatures, victimes consentantes et éloquentes, le croqueur s’exhibe, ravi, sur les quatre murs de la pièce, croqué à son tour par les plus grands caricaturistes du monde ; Stavro Jabra, Stavro pour tout le monde, s’emballe en deux temps trois mouvements. Ses mots, assortis d’histoires qui font sourire – jaune – et de souvenirs en noir et blanc, se bousculent déjà. Il n’a rien perdu de sa verve et pourtant, pourtant, quelque chose en lui a changé. Deux temps et trois mouvements plus tard, le détail qui fait toute la différence se laisse enfin apercevoir. Il a perdu sa moustache ! Maladresse ou accident, le mystère demeure entier. Reste le vocabulaire, la voix, la gestuelle et la tignasse grisonnante pour se retrouver dans son univers. Impatient d’aller droit vers l’essentiel, il balance son CV imprimé en toutes lettres et en toutes couleurs, une intro à très vite lire et dépasser. «Tout y est !». Arrêt – très bref – sur mots et images. Il saisit une cigarette et se met à parler, parler et parler encore… «L’emm… du pays ! » Arrêt – rapide – donc sur un CV chargé. Quelques six pages où défile rapidement un parcours professionnel, voire passionnel, à travers lequel Stavro s’est déplacé, dès ses 19 ans, d’aventure en aventure et d’un journal à l’autre, faisant de chacun, quotidien, revue, magazine, une maîtresse, une amante à qui il a voué tout son amour, la comblant de croquis passionnés. Du al-Mouharrer et as-Safa, dans les années 60, au Daily Star, ad-Dabbour et La Revue du Liban, aujourd’hui, il en aura noirci bien des pages, couvert des Festivals de Cannes, rencontré des stars et des personnalités politiques, exposé ses caricatures et photos, édité des livres ! Insatiable bavard, son imagination se laisse imbiber par les événements, guerres, élections, changements, la roue tournante de la vie politique locale et internationale. Avec plus de 24 expositions, photos et caricatures, la parution de quelque 17 ouvrages célébrant les hommes politiques en les critiquant, bien sûr, – qui aime bien châtie bien –, il a analysé la guerre, croqué la femme, observé le Liban, son «humour», son amour, et poursuivi une guerre sans merci contre une censure grandissante. «J’attaque tout le monde mais, actuellement, les caricaturistes ne peuvent plus se défouler. Nous devons constamment nous autocensurer ; les limites deviennent de plus en plus serrées». «L’emm… du pays», comme il fut – à son grand bonheur – surnommé, joue au quotidien avec les images, les visages, les situations dans le Daily Star, où, confirme-t-il, «je m’amuse» ; il joue également avec ses mots dans les «jeux de maux» de La Revue du Liban et s’éclate enfin grâce à la parution hebdomadaire de ad-Dabbour. «Là, je peux m’exprimer en toute liberté ; je prends des risques et j’assume. Après tout, je suis un journaliste et ce qui m’intéresse, au-delà de la simple caricature, c’est de faire une analyse politique». «Le problème aujourd’hui, poursuit-il, c’est qu’il n’existe plus de têtes, de leaders, comme avant. Tous ces nouveaux ministres et autres hommes politiques n’ont pas de charisme, de personnalité définie, imposante. D’ailleurs, on ne les connaît même pas». Depuis qu’il a intégré le Cartoonists and Writers Syndicate en 1998, sa signature apparaît régulièrement dans de nombreux quotidiens et autres revues d’envergure internationale, comme le Washington Post et le Courrier International. «Je fais de la politique». Et pour ce faire, il démarre sa journée par une tournée des journaux et surtout des différents sites Internet, dont il est un véritable accro, pour pouvoir à souhait «trier, analyser, faire une synthèse politique et décider de l’événement que je vais illustrer pour le lendemain. Pondre une idée, ensuite, devient très facile !». Trente ans plus tard, le style Stavro et son «trait spécial» n’ont pas vraiment changé. Reste la moustache, égarée peut-être dans son bric-à-brac de souvenirs, et l’espoir que le père Noël, en cette veille de fête, puisse enfin la lui restituer, en même temps qu’une plus grande liberté d’expression. Carla HENOUD

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