Les lendemains s’annoncent moroses pour l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, inculpé de crimes de guerre par la justice internationale, et dont le Parti socialiste (SPS) risque d’être très minoritaire dans le nouveau Parlement de Serbie qui sera élu samedi. Selon les derniers sondages, le SPS devrait passer les leviers du pouvoir qu’il tenait depuis plus de dix ans en Serbie, à l’Opposition démocratique de Serbie (DOS), qui l’a déjà évincé aux élections de septembre des institutions fédérales yougoslaves. Le SPS ne recueillerait que près de 13 % des suffrages samedi contre 63 % environ pour la DOS, selon l’Institut de marketing stratégique de Belgrade, dont les sondages passent pour être fiables. Les avis sont partagés quant à l’avenir politique et l’avenir tout court de Slobodan Milosevic, qu’une grande partie de l’opinion yougoslave considère comme le principal responsable de la déchéance du pays, isolé du monde pendant près d’une décennie. Plus de 71 % de 3 582 personnes interrogées récemment par la radio indépendante belgradoise B92 ont estimé que Milosevic serait jugé en Serbie «pour ce qu’il a fait à la population entière du pays». Seulement 20 % pensent que Milosevic devrait être jugé par le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, qui l’a inculpé en mai 1999, en plein bombardements de l’Otan contre la Yougoslavie, destinés à mettre fin au conflit serbo-albanais au Kosovo. Sur ce plan, Milosevic ne semble pas devoir craindre l’avenir. Son successeur à la tête de la Yougoslavie, Vojislav Kostunica, ne laisse pas de répéter que la coopération avec le TPI «n’est pas une priorité» et que «de toute manière» la Constitution interdit l’extradition d’un citoyen yougoslave vers un pays étranger. Comme nombre de Serbes, Kostunica estime que le TPI est plutôt une institution politique que juridique, et «antiserbe». Mais pour la première fois, mercredi, un dirigeant yougoslave, le ministre des Affaires étrangères, Goran Svilanovic, a évoqué une possible responsabilité de Milosevic pour des crimes de guerres, déclarant qu’il devrait être jugé «le plus tôt possible» mais en Serbie. Milosevic «doit payer pour ce qu’il a fait, inspiré ou organisé contre les peuples de Bosnie, de Croatie et de Serbie», a dit M. Svilanovic, un des leaders de l’Opposition démocratique de Serbie (DOS). Selon l’un des meilleurs analystes politiques de Belgrade, le caricaturiste Predrag Koraksic-Corax, Milosevic n’a aucun avenir, politique du moins. Le parcours de Milosevic en quatre dessins signés Corax est le suivant : sur le premier, des supporteurs enthousiastes lancent Milosevic très haut en l’air et le rattrapent dans les bras sur le deuxième. Sur le troisième ils lancent l’objet de leur admiration déjà moins haut pour le laisser carrément tomber par terre et prendre la clé des champs sur le quatrième. Plusieurs très proches collaborateurs de Milosevic lui ont tourné le dos à la veille et après sa défaite électorale. Deux d’entre eux ont fondé chacun leur propre parti avec l’ambition de reprendre le flambeau du socialisme entaché par Milosevic. Nombreux sont ceux qui ont suivi avec appréhension et désapprobation le retour, très médiatisé, de Milosevic sur la scène politique à l’occasion du congrès extraordinaire de son Parti socialiste (SPS) qui l’a reconduit dans sa fonction de président, le 25 novembre. Il est passé sur toutes les chaînes de télévision, en première page des journaux. Trois semaines plus tard, imperturbable, il expliquait pendant deux heures sur la chaîne de télévision privée Palma, qu’il avait «la conscience tranquille», qu’il avait été victime d’un «putsch» perpétré par la DOS et ses «maîtres occidentaux». Certains s’étonnent que, trois mois après sa chute, il vive toujours dans la résidence du chef de l’État, une luxueuse villa dans le quartier chic de Belgrade, Dedinje, occupée autrefois par le fondateur de l’ex-Yougoslavie communiste, Tito. Les partisans de poursuites judiciaires contre Slobodan Milosevic reprennent confiance. Ils pensent que Mihalj Kertes, l’ancien chef des douanes yougoslaves, désormais dans le collimateur de la justice, conduira celle-ci jusqu’à Milosevic, dont il était l’homme de confiance. Premier membre influent du Parti socialiste (SPS) à se retrouver en détention pour corruption depuis la chute de son mentor, écroué à la mi-décembre, Kertes a reconnu notamment que les douanes avaient versé des fonds à des membres du SPS et financé des entreprises d’État, des établissements de santé et culturels.
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