Le président élu George W. Bush devra composer avec un Congrès où ses alliés républicains bénéficient d’une courte majorité numérique, et il aura à courtiser les démocrates notamment au Sénat s’il veut réussir à faire adopter ses projets législatifs. «Cela va demander un effort personnel extraordinaire auprès d’un grand nombre d’élus» de la Chambre des représentants et du Sénat, confie le parlementaire démocrate modéré William Delahunt, du Massachusetts (nord-est). «L’étroitesse de l’élection présidentielle, l’étroitesse (de la marge) au Congrès signifient que personne ne va rien obtenir de ce qu’il veut», estime de son côté John Czwartacki, ancien porte-parole du chef de la majorité républicaine au Sénat, Trent Lott. Avec la victoire de George W. Bush, le Sénat se retrouve à égalité parfaite (50 à 50) pour la première fois de son histoire, tandis qu’à la Chambre des représentants, les républicains disposent d’une courte majorité de 220 sièges contre 211 aux démocrates. En tant que vice-président élu, le républicain Richard Cheney est certes aussi président du Sénat et pourra ainsi faire pencher la balance en faveur des républicains en cas d’égalité des voix lors de votes sur des textes législatifs. Mais cela ne suffira sans doute pas. «Il y a eu une polarisation et une division idéologiques croissantes», relève en effet le professeur Robert Shapiro de l’université de Columbia. «Le Congrès sera toujours contrôlé par les républicains, mais il reste divisé. L’acrimonie est le nom du jeu», estime-t-il. Du coup, si George W. Bush veut briser le risque d’impasse politique, il devra suivre une ligne modérée, centriste, au risque toutefois de s’aliéner l’aile la plus conservatrice de son propre parti. «L’esprit bipartisan n’est pas seulement une option. C’est une obligation», a relevé jeudi le chef de l’actuelle minorité démocrate au Sénat, Thomas Daschle. «Nous allons devoir gouverner au centre ou nous ne serons pas du tout en mesure de gouverner», a-t-il ajouté. Le président élu Bush avait cela d’ailleurs bien en tête lorsqu’il a appelé, mercredi soir, dans un discours à la nation, à la réconciliation et lancé plusieurs appels du pied aux démocrates. «Ce ne sera pas un Congrès où de nombreuses lois vont pouvoir être votées. Les seules lois qui seront adoptées seront celles qui auront une majorité de 60 contre 40» au Sénat, avec un fort soutien bipartite, souligne M. Czwartacki. Parmi ces lois figurent la réforme du financement des campagnes électorales, une charte des droits des malades ou l’augmentation du salaire minimum. «Les gens ne veulent pas de changements radicaux qu’ils soient vers la gauche ou vers la droite et c’est le message que le peuple américain a envoyé» le jour de l’élection du 7 novembre, a estimé le démocrate William Delahunt. Ce contexte politique pourrait donc sonner le glas du projet de réduction massive des impôts de 1 300 milliards de dollars proposé par M. Bush, mais à l’inverse, il pourrait améliorer les chances de voir voter des réformes sur l’assurance maladie et la protection sociale, considérées comme des priorités dans les deux camps.
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