La position dominante du magnat de la bière Freddy Heineken au sein du brasseur néerlandais du même nom vient d’être remise en question par un groupe d’actionnaires rebelles. Venus de l’étranger, ces derniers sont actionnaires de Heineken Holding, une société contrôlée à 50,005 % par Freddy Heineken et qui détient elle-même 50,005 % du brasseur Heineken. La Holding est en fait une construction permettant à Freddy Heineken d’avoir le contrôle sur le groupe brassicole selon les analystes. Depuis plusieurs mois, les actionnaires rebelles ne supportent plus de voir le cours d’Heineken Holding être d’environ 35 % inférieur à celui d’Heineken alors qu’une action de la Holding équivaut en fait à une action du brasseur, a expliqué hier leur avocat, Peter Bannier. Ils ont donc envoyé une lettre au Conseil d’administration d’Heineken Holding pour demander des explications sur cette situation, ont confirmé pour la première fois mardi leur avocat et un porte-parole d’Heineken Holding, J. Buijs. «Nous avons donné jusqu’au 22 décembre à la direction pour répondre à ces questions», a déclaré Me Bannier. En cas de non-coopération, les actionnaires menacent de saisir la Chambre des entreprises du Tribunal d’Amsterdam pour trancher le différend. Une des solutions envisagées pour combler la différence de cours serait de dissoudre la Holding et d’obtenir en échange des actions Heineken, explique Me Bannier. Dans ce cas, le pouvoir de Freddy Heineken au sein du brasseur pourrait être sérieusement écorné. Il ne recevrait alors qu’environ 25 % d’Heineken alors qu’il en contrôle à présent 50 % via sa position majoritaire dans la Holding. «Il faudra à un moment choisir entre le pouvoir de Freddy Heineken et l’intérêt des actionnaires», a estimé Me Bannier. Fidèle à son image d’homme discret, Freddy Heineken n’a pas tenu à prendre position lui-même sur la question. Un porte-parole d’Heineken Holding, J. Buijs, a affirmé que les actionnaires allaient recevoir une réponse. Il a toutefois tenu à souligner que la différence de cours entre la Holding et Heineken s’expliquait en partie par un volume d’échanges moindre. «Heineken Holding n’est pas une simple société de placement destiné à maximaliser le cours de son action, elle œuvre pour la continuité du groupe Heineken», a ajouté M. Buijs. «Si l’on regarde la position d’Heineken jusqu’ici, cette construction a plutôt bien réussi», a-t-il poursuivi. Selon des analystes de la banque néerlandaise Rabobank, une liquidation d’Heineken Holding apparaît cependant improbable à court-terme. Le groupe brassicole, un des géants du secteur, ne voudra sûrement pas se débarrasser de «son bouclier de protection» contre un éventuel rachat et Freddy Heineken ne souhaite probablement pas voir son emprise diminuer, estiment-ils. À la Bourse d’Amsterdam, le titre Heineken a terminé la séance inchangé à 61,85 EUR mardi. L’action Heineken Holding a elle terminé en hausse de 1,4 % à 42,30 EUR.
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