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Actualités - Reportages

PORTRAIT D’ARTISTE Roueida Ghali : La danse c’est une vibration, une impulsion...

Une jeune femme au ventre rond. Avec grâce, même enceinte, Roueida Ghali ne s’éloigne pas d’un pas du monde de la danse. Elle en parle avec volubilité, vivacité et passion. Ceux qui ont assisté à son spectacle intitulé Zone interdite, dans l’avant-dernière version du festival Ayloul, peuvent mesurer l’originalité et la personnalité hors norme de cette jeune chorégraphe à la formation métissée d’art dramatique, des raffinements du butto et de la secrète élégance de l’univers des marionnettes. Joli panaché pour dire en termes d’éloquence du corps la vision du monde et parfois celui de la femme. Après quatre bonnes années d’études aux beaux-arts à l’Université libanaise, la fréquentation assidue de l’école Lecoq à Paris pour maîtriser mouvements et gestuelles, une formation à part entière en Russie, à Karasnadar, pour dompter l’art de manipuler les marionettes, une virée en Extrême-Orient pour percer les secrets du butto, Roueida Ghali, professeur d’expression corporelle à l’UL, tente de donner vie et matière à sa vision du monde et de l’art. En l’écoutant s’exprimer sur ses multiples expériences et expérimentations scéniques on ne peut s’empêcher de penser à cette phrase d’André Levingstone: «Nulle activité n’exprime d’une façon plus immédiate, ni plus palpable la manière d’être d’une époque, l’état d’une civilisation ou l’originalité d’une race. Dis-moi comment tu danses et je te dirai qui tu es ! Mais nulle expression d’art n’échappe plus aisément à l’investigation ni ne brave plus obstinément l’analyse que le mouvement de danse, fugitif entre tous, écriture qui, aussitôt tracée, s’efface». Dès ses débuts en tant que danseuse dans la troupe Ashtar, c’est-à-dire depuis les jeunes années de l’école, Roueida Ghali pressentait un destin placé sous le signe des feux de la rampe. Ayant choisi pour la fin de ses études universitaires Le train fantôme de Fernando Arrabal, elle fut saisie par la violence et «l’aspect dégueulasse» du théâtre panique de l’auteur de Viva la muerte et décida de présenter son travail (marque distinctive de son originalité) dans une version où la laideur et la violence sont atténuées. Cette femme qui admire Pina Bausch et aime lire Kundera (mais oublie le plus souvent le titre et l’auteur des ouvrages qu’elle dévore) parle plus volontiers des professeurs qui l’ont aidée à parfaire sa formation de danse, tels Isabelle Dehaly, Carlotta Ikeda, Tutsuro Fukahara et Pierre Doucet. Définir la danse ? «C’est une vibration, une impulsion», dit-elle. Et le théâtre ? «C’est une vie... peut-être un peu plus,une performance», conclut-elle. Refusant la culture au sens conventionnel du terme, ignorant le circuit commercial, Roueida Ghali est parfaitement à l’aise dans ce qu’elle désigne par la création «expérimentale». Pour elle, son art est un mélange de danse orientale, de yoga, de ballet classique et contemporain, de butto et d’expression dramaturgique avec une prééminence à la gestuelle et aux mouvements. Avec une conception audacieuse et nouvelle, celle qui a signé la chorégraphie d’Hindiyé de Jalal Khoury propose au public une philosophie inédite de son art. Au ballet classique qui, au fil des temps passés, n’a jamais entrepris que de séduire, d’étonner, voire d’émerveiller, la danse du XXe siècle oppose ici d’autres préoccupations. Il importe désormais de s’adresser autant à l’esprit qu’à l’œil et à l’émotion. Le propos de Roueida Ghali est donc différent, comme le sont la technique, le rapport à la musique ou la conception de l’espace. Edgar DAVIDIAN
Une jeune femme au ventre rond. Avec grâce, même enceinte, Roueida Ghali ne s’éloigne pas d’un pas du monde de la danse. Elle en parle avec volubilité, vivacité et passion. Ceux qui ont assisté à son spectacle intitulé Zone interdite, dans l’avant-dernière version du festival Ayloul, peuvent mesurer l’originalité et la personnalité hors norme de cette jeune chorégraphe à la formation métissée d’art dramatique, des raffinements du butto et de la secrète élégance de l’univers des marionnettes. Joli panaché pour dire en termes d’éloquence du corps la vision du monde et parfois celui de la femme. Après quatre bonnes années d’études aux beaux-arts à l’Université libanaise, la fréquentation assidue de l’école Lecoq à Paris pour maîtriser mouvements et gestuelles, une formation à part entière...