La supériorité technologique de l’armée américaine d’aujourd’hui, par rapport à celle qui mena la guerre du Golfe, pourrait donner lieu à un conflit entre les Américains et les Irakiens beaucoup plus rapide et intense qu’en 1991, selon des experts. « Ce ne sera pas une campagne classique », souligne Loren Thompson, un spécialiste de l’institut de Lexington, un groupe de recherche. « Ce sera une campagne complexe et extrêmement rapide dans laquelle beaucoup de différentes choses se produiront en même temps. » Depuis 1991, les militaires américains ont nettement gagné en technologie de pointe pour leurs armes, permettant de réduire la taille de la force de combat nécessaire à une éventuelle guerre, d’accroître sa mobilité et de la rendre plus efficace. Ainsi au lieu des cinq mois qui avaient été nécessaires pour réunir en Arabie saoudite une force d’un demi-million d’hommes pour reconquérir le Koweït, les militaires américains assurent aujourd’hui n’avoir besoin que de quelques semaines pour déployer près de l’Irak la moitié d’entre eux pour un objectif géographique bien plus considérable. Selon des fuites distillées à la presse américaine ces derniers mois, les stratèges américains prévoient un conflit plus bref, mêlant dans le même temps action aérienne et interventions multiples au sol, dans le nord, l’ouest et le sud de l’Irak. Cet assaut multidirectionnel, aérien et terrestre, pourrait à lui seul provoquer une chute par lui-même du régime de Saddam Hussein, estiment certains experts. La volonté d’agir vite est notamment motivée par la perspective d’une utilisation en ultime recours par le président irakien d’armes chimiques et biologiques. Selon des experts, le contrôle de Bagdad par Washington viendra principalement des armes de précision, larguées par les bombardiers B-2, un assortiment d’avions-espions sans pilote et les techniques numériques qui donneront aux commandants une vue précise des champs de bataille. Le Pentagone disposera aussi d’un nouvel outil par rapport à 1991: la guerre cybernétique. Selon Andrew Krepinevich, directeur du centre d’évaluations budgétaire et stratégique, un groupe de recherche privé, il est sûr que les militaires américains attaqueront les réseaux informatiques irakiens, pour les inonder de fausses informations. La « guerre de l’information sera dans cette (possible) guerre ce qu’ont été les avions furtifs et les armes de précision lors de la dernière », affirme-t-il. « Nous ne pourrons pas connaître l’étendue de son utilisation avant plusieurs années, parce qu’elle sera tenue secrète », prédit-il. Parmi les nouvelles armes utilisées, devraient figurer celles faisant appel à l’émission à haute dose de micro-ondes capables de perturber ou de détruire les communications ennemies. « Potentiellement, elles ont la capacité d’effacer des mémoires d’ordinateurs, de brûler les circuits électroniques des équipements militaires », indique Loren Thompson. « Leur intérêt est de ne pas être mortelles pour l’homme. » Avec ces armes, « vous détruisez la capacité de l’ennemi à agir de manière logique, mais vous ne détruisez pas l’ennemi lui-même ». Les liaisons numériques à haut débit permettent aussi de donner des cibles à un avion déjà en vol, permettant de réduire d’autant le temps de réaction à une évolution au sol du champ de bataille. Lors de la guerre du Golfe, les listes de cibles étaient communiquées aux pilotes d’avions avant leur envol. L’exactitude de principe des bombes guidées par satellite, bon marché, a aussi accru la supériorité aérienne des Américains. Les bombardiers B-2 sont susceptibles d’avoir un rôle primordial pour prendre le contrôle de Bagdad. Leur capacité d’emport de bombes est très largement supérieure à celle des avions furtifs F-117 utilisés en 1991.
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