Vivendi Universal a décidé hier de céder ses activités d’édition en Europe et en Amérique latine à Lagardère dans le cadre d’un montage complexe impliquant Natexis Banque Populaire afin d’éviter des recours pour des problèmes de concurrence. Le groupe a indiqué que la transaction se faisait sur la base d’une valeur d’entreprise de 1,25 milliard d’euros. Il a ajouté que le processus de cession de Houghton Mifflin serait relancé « afin de l’ouvrir à un nombre plus important d’acquéreurs, sauf si une proposition substantiellement améliorée lui était apportée d’ici au vendredi 25 octobre inclus ». Selon des sources proches du dossier, les offres globales valorisaient l’éditeur scolaire américain, acquis l’an dernier pour 2,2 milliards de dollars, à un niveau trop bas. « Nous pensons qu’en vendant séparément Houghton Mifflin, qui intéresse les fonds américains, nous en tirerons un meilleur prix », a dit un responsable proche des discussions. Les analystes financiers interrogés estiment que Vivendi Universal aura du mal à vendre l’éditeur américain, confronté à un marché difficile, pour plus de 1,5 milliard de dollars. Selon des sources proches du groupe, le consortium mené par PAI Management et comprenant Apax Partners, Blackstone et quatre éditeurs indépendants était en tête jusqu’à la semaine dernière, mais Lagardère a finalement proposé le meilleur prix. « Lagardère voulait à tout prix VUP et avait le soutien des pouvoirs publics », a expliqué le responsable déjà cité. Lagardère avait promis qu’il n’y aurait pas de restructuration en cas de rapprochement avec VUP, mais sa candidature inquiétait les professionnels, qui font remarquer qu’en dépit de ses dénégations il aurait 60 % du marché français de l’édition, dont 90 % du marché de l’édition scolaire. Lagardère affirme qu’avec VUP, il ne contrôlerait qu’un « gros tiers » du marché. Pour éviter les recours pour abus de position dominante brandis par ses concurrents, le groupe d’aéronautique et de communication a présenté un montage associant Natexis Banque Populaire, qui lui revendra les actifs concernés (littérature générale, de référence et d’éducation) « dès l’obtention de l’accord des autorités de concurrence ». Une fois l’accord signé, Vivendi Universal n’est plus concerné, Natexis Banque Populaire devant régler avec Lagardère les éventuels problèmes d’abus de position dominante. Du côté de Vivendi Universal, le PDG Jean-René Fourtou a souligné que la cession de cette partie de VUP contribuerait au désendettement du groupe, tout en répondant « aux préoccupations culturelles et patrimoniales liées aux métiers de l’édition ». Les analystes ont été surpris par l’articulation du processus. « VU avait dit qu’il comptait vendre Houghton Mifflin d’abord et finalement il vend VUP en France. C’est assez surprenant. En outre, le prix est très très en dessous de ce qui était attendu.Comme ils ne tireront jamais 2,2 milliards de Houghton Mifflin, le produit total sera largement inférieur aux trois à 3,5 milliards d’euros évoqués. Ce n’est pas très bon pour Fourtou qui avait décalé le processus de pratiquement un mois pour essayer d’avoir un meilleur prix », explique une spécialiste du secteur travaillant pour un grand courtier. Un autre analyste ajoute que la cession rapide de VUP en Europe et en Amérique latine laisse supposer que le groupe a pris la décision de monter dans le capital de Cegetel. Confronté à une offensive de Vodafone sur les 15 % de SBC, sur les 26 % de BT Group et sur ses 44 %, Vivendi Universal a jusqu’au 30 octobre pour accepter l’offre et jusqu’au 10 novembre pour faire jouer son droit de préemption sur les parts des autres actionnaires de Cegetel.
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