Un renversement du régime de Saddam Hussein, envisagé par Washington, ouvrirait la voie à l’incertitude en Irak, un pays à structure ethnique et confessionnelle complexe, sans conduire pour autant à un éclatement du pays, estiment des analystes et des opposants. « Il y a une incertitude sur l’avenir de l’Irak, et les États-Unis ne seront pas capables de maintenir le pays sous contrôle si l’instabilité s’y installe », a indiqué Mounzer Sleiman, un expert dans les affaires stratégiques, basé à Washington. Dirigé d’une main de fer par le parti Baas de Saddam Hussein, prônant le nationalisme arabe, l’Irak s’accommoderait mal d’un gouvernement installé par l’armée américaine et, de surcroît, dirigé par un gouverneur américain, comme l’a suggéré récemment le New York Times. « Il sera difficile pour les Américains d’installer un gouvernement central intérimaire en Irak sans susciter des conflits » dans un pays « où l’appartenace à la patrie a toujours transcendé les considérations ethniques et confessionnelles ou encore l’allégeance à l’étranger », prédit cet expert, spécialisé dans l’étude des affaires politiques et militaires du monde arabe. Mais, poursuit-il, les factions de l’opposition sont tellement disparates et dispersées qu’elles « n’auront qu’une influence marginale (...) d’autant que les États-Unis ne leur toléreront pas une autonomie d’action ». Il cite l’expérience des deux factions rivales dirigeant le Kurdistan irakien, qui échappe au contrôle du pouvoir central à Bagdad depuis la guerre du Golfe en 1991, et que de violents affrontements ont opposé (quelques 3 000 morts), avant leur récente réconciliation sous la pression des États-Unis. Après l’insurrection populaire dans le Nord kurde et le Sud chiite en mars 1991 à la fin de la guerre du Golfe, c’est pourtant le mouvement kurde qui a le plus bénéficié de l’aide occidentale, notamment américaine, rejetée par les chiites et les nationalistes arabes. Sur une population de 22 millions d’habitants, dont une minorité de quelque 700 000 chrétiens, les Kurdes comptent près de 3,5 millions d’habitants. Les chiites, bien que majoritaires (plus de 55 % de la population), sont sous une domination ethnique et confessionnelle arabo-sunnite. L’Irak compte aussi deux autres communautés minoritaires: celle des Turkmènes ne compte que 250 000 personnes, mais l’appui de la Turquie lui donne un poids supérieur à son effectif, et la communauté assyrienne, qui représente 100 000 à 150 000 chrétiens nestoriens ou chaldéens. Admettant que « la situation ne sera pas claire pendant un moment » si le pouvoir de Saddam Hussein est renversé, le chef du Mouvement pour la monarchie constitutionnelle, al-Charif Ali Ben Hussein, affirme que « toutes le composantes de l’opposition irakienne sont unanimes sur la nécessité de changer le régime en place ». « Une administration intérimaire (...) devrait préparer, sans aucune ingérence américaine dans les affaires internes de l’Irak, l’établissement d’un État démocratique en organisant un référendum pour décider de la nature du futur régime politique », ajoute al-Charif Ali, basé à Londres. Il écarte tout risque de guerre civile. « Jamais l’Irak n’a connu d’affrontements internes sur une base ethnique », dit-il. « La loyauté des Irakiens à la patrie (...) est une arme efficace pour la sauvegarde de l’intégrité de l’Irak », approuve l’expert Mounzer Sleiman.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un renversement du régime de Saddam Hussein, envisagé par Washington, ouvrirait la voie à l’incertitude en Irak, un pays à structure ethnique et confessionnelle complexe, sans conduire pour autant à un éclatement du pays, estiment des analystes et des opposants. « Il y a une incertitude sur l’avenir de l’Irak, et les États-Unis ne seront pas capables de maintenir le pays sous contrôle si l’instabilité s’y installe », a indiqué Mounzer Sleiman, un expert dans les affaires stratégiques, basé à Washington. Dirigé d’une main de fer par le parti Baas de Saddam Hussein, prônant le nationalisme arabe, l’Irak s’accommoderait mal d’un gouvernement installé par l’armée américaine et, de surcroît, dirigé par un gouverneur américain, comme l’a suggéré récemment le New York Times. « Il sera difficile...