C’est écrit... Tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera, et le permis et le défendu et le comment et le pourquoi se trouvent dans le Coran. L’arabe n’est pas une langue, c’est une prière. Détournée de cette vocation, elle ne s’exprime que sous le vocable de Dieu, puissant et miséricordieux. Dans cette oralité difficile où la bouche transforme les mots en crapauds, la communication est problématique. Un commentateur de la chaîne al-Jazira le relevait récemment : dans les pays d’Orient, les époux ne parlent pas entre eux, les enfants ne se confient pas à leurs parents, les employés n’abordent pas leurs patrons, les peuples n’interrogent pas leurs dirigeants. Dans cet organigramme pétrifié de non-dits, on est loin de l’ invite, toute de guimauve, de mouchoirs et de compassion, devenue caricaturale dans les films américains : « D’you wanna talk about it ? » Entre « talk about it » et chercher sa réponse dans le labyrinthe des arabesques sacrées, il y a un monde où le Liban a trouvé sa place. Chez nous, on veut bien « talk about it », quitte à se battre « about it ». Et jusqu’à la raison du plus fort. L’islam lui, garantit par le silence des plages de paix entre les explosions organiques où s’épanchent les trop-pleins. Joyeux désordre où la gouaille méditerranéenne le dispute à la réserve acquise. Et pour adoucir les mœurs, la chanson douce du français. Happening de la semaine : al-Manar, la télévision Hezbollah, produit désormais un journal en français. Est-ce le signe d’une révolution linguistique antiaméricaine ? Quitte à adopter une langue étrangère, l’islam est-il entrain de faire sienne la langue de Descartes contre l’hypocrite « talk about-it » ? En attendant l’évolution de ce phénomène, on peut rêver que, tout en préservant l’arabe dans sa vocation mystique, le français offrirait à l’Orient un fabuleux moyen de décompression. Il ouvrirait les vannes de l’indicible, délierait les émotions. Et sans guerres, et sans violences, et sans efforts de conquêtes, amènerait les peuples en douceur aux grands débats de la démocratie. Langue-fruit, disait Stétié il y a peu, mais aussi langue-baume. Langue pour lécher les plaies. Fifi ABOUDIB
C’est écrit... Tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera, et le permis et le défendu et le comment et le pourquoi se trouvent dans le Coran. L’arabe n’est pas une langue, c’est une prière. Détournée de cette vocation, elle ne s’exprime que sous le vocable de Dieu, puissant et miséricordieux. Dans cette oralité difficile où la bouche transforme les mots en crapauds, la communication est problématique. Un commentateur de la chaîne al-Jazira le relevait récemment : dans les pays d’Orient, les époux ne parlent pas entre eux, les enfants ne se confient pas à leurs parents, les employés n’abordent pas leurs patrons, les peuples n’interrogent pas leurs dirigeants. Dans cet organigramme pétrifié de non-dits, on est loin de l’ invite, toute de guimauve, de mouchoirs et de compassion, devenue...
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