À travers les commentaires sélectionnés par L’Orient-Le Jour sous le label « Spécial francophonie », j’ai réagi personnellement en plaçant deux signatures en tête du peloton : Celle de Tahar ben Jelloun et celle de Jean-Marie Rouart : le francophone d’adoption et le Français de souche… puisqu’il a été admis – comme le souligne pertinemment ben Jelloun – que la francophonie designerait celui qui emploie cette langue sans être né Français. La distinction est en même temps aussi symptômatique que symbolique. Le Français, en effet, ne peut « choisir » d’être francophone : il l’est naturellement ! Et c’est tout le « mérite », pour celui qui est né « ailleurs » d’avion adopté le français comme langue d’expression, peu importe si par contrainte géopolitique ou par libre choix… Car dans cette langue si harmonieuse, si limpide, si expressive et si poétique, n’entre pas qui veut. Comme vient de me l’écrire l’un de mes amis, humble amoureux de cette forme d’expression unique, « on entre dans la langue française comme on entrerait en religion », et il ajoute : « Puisque dans le mot “culture”, il y a aussi “culte”…» Parce qu’il ne s’agit pas tant de jongler avec des mots, aussi choisis qu’ils soient, que de pénétrer, de se fondre et d’assimiler en définitive cet esprit de liberté, fraudeur certes au départ, mais porteur, à son corps défendant, d’un message universel. Le français se trouve en harmonie avec la marche du monde, si tant est que « l’évolution » – du point de vue autant matériel que spirituel – ne puisse se faire que « de concert » entre ses deux composantes. Là réside la valeur de l’idée proprement géniale ayant présidé à la naissance de la francophonie : une prise de conscience d’un mode qui, au-delà du moyen de communication, nous entraîne, nous élève vers ce qui est plus essentiel dans notre nature humaine, la découverte et l’exploration de notre ego profond. Aucune autre langue, mieux que le français, n’a réussi ce tour de force d’aligner de front la « clarté » avec « l’indicible ». J.-M. Rouart nous parle de la liberté, évoquée et plaidée par les tenants de la langue d’origine. Ben Jelloun évoque, quant à lui, sa puissance de poésie. Liberté et poésie : deux conditions nécessaires et suffisantes pour faire d’un être un humain. Qu’il me soit permis de saluer l’occasion qui nous est donnée, à nous peuple libanais, d’être au moins pour un jour les hôtes d’un pareil mouvement. Lorsque je suis né, il y a longtemps de cela, seule une élite dite cultivée maniait la langue française au Liban. Mais elle la maniait suffisamment bien. Aujourd’hui, et depuis les plus beaux quartiers de la capitale jusqu’au coin le plus perdu au sommet de nos montagnes, tout le monde en tate un peu. On le parle quantitativement davantage, mais on le parle beaucoup moins bien… J’engage nos responsables, s’ils veulent que le libanais se maintienne, s’ils ont cette ambition légitime chez tout dirigeant qui se respecte, d’encourager, de pousser, d’exiger au besoin de nos concitoyens – en leur en donnant davantage les moyens – de se mettre plus sérieusement à l’étude du français. Non pas la langue de Molière en tant que telle, ni celle de Saint-Louis, encore moins de Bonaparte, mais le « français universel », perpétuellement réinventé et perfectionné en dehors et je dirais malgré la France officielle elle-même, pour ne contredire ni l’ouverture de J.-M. Rouart ni la nostalgie attristée de ben Jelloun. À nous, Libanais, et pourquoi pas, de remettre le français, langue et message, dans nos mœurs, comme faisant partie intégrante de ce métissage culturel dont nous proclamons si souvent être les champions. Louis JUGEA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À travers les commentaires sélectionnés par L’Orient-Le Jour sous le label « Spécial francophonie », j’ai réagi personnellement en plaçant deux signatures en tête du peloton : Celle de Tahar ben Jelloun et celle de Jean-Marie Rouart : le francophone d’adoption et le Français de souche… puisqu’il a été admis – comme le souligne pertinemment ben Jelloun – que la francophonie designerait celui qui emploie cette langue sans être né Français. La distinction est en même temps aussi symptômatique que symbolique. Le Français, en effet, ne peut « choisir » d’être francophone : il l’est naturellement ! Et c’est tout le « mérite », pour celui qui est né « ailleurs » d’avion adopté le français comme langue d’expression, peu importe si par contrainte géopolitique ou par libre choix… Car dans...