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Actualités - Opinion

IMPRESSION Physique

Tous les jours, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, au dos son sac d’ado et au visage ses boutons d’enfant sage, il allait à son cours de physique. Physique par-ci, physique par-là, cette physique, décidément, c’était toute sa vie. On ne pouvait qu’admirer cette persévérance, cet acharnement obsessionnel qu’il y mettait, sans un livre, sans une page fleurie de vecteurs et de tous ces signes barbares aux thémeux. Au lieu de s’étioler comme font les bourgeons dans la touffeur des serres, lui s’épanouissait. À croire que les quanta décuplaient sa puissance, et que la science des atomes avait quelque chose à voir avec la surprenante saillie de ses veines. Jusqu’à cet accident de physique où il laissa toute sa culture... au gymnase, mais c’est bien sûr ! Le temps de guérir la jambe, la tête dut reprendre ses droits. Les biscotos en prirent un coup, mais encore fallut-il décupler mouvement et célérité pour produire l’énergie nécessaire aux révisions du bac. Et comme le papier paraît lourd quand on n’a de mesure que le poids de l’acier ! Physique. Au masculin, c’est le nom du nouveau culte. La religion de soi. L’art de soi. Tailler, sculpter, émonder, bouturer, greffer, souffrir... être beau. Pour soi-même, bien sûr, puisque la beauté ne vaut pas grand-chose quand il s’agit d’amour. Pour soi-même donc, s’offrir une forme à partir du corps qui nous fut donné, sac à vie, viatique souvent déplaisant puisqu’on ne l’a pas choisi et que souvent il nous encombre, et nous embarrasse comme un animal domestique qu’on attacherait bien à un tronc pour prendre enfin des vacances. À défaut, le tourmenter, ce corps, et le plier enfin à son image intérieure, qu’il finisse au moins par lui ressembler. En Méditerranée, passées les gymnopédies gréco-romaines, d’étranges pudeurs ont repris le dessus. Lovée au creux des terres, cette longue plage ronde inondée de soleil appelle la nudité. La peau, un peu trop ? Des sables de Beyrouth aux galets du Pirée, des côtes siciliennes aux contreforts de Gibraltar, les natifs se protègent du regard des autres. Contre la concupiscence, vilain mot, ils ont érigé des religions, des règles dures, des lois impitoyables, des mythes effrayants. Ainsi va leur société, de probité – faussement – candide et de lin blanc, protégée du désordre apparent des sens qui pourtant ne se commande pas. À la belle saison, les seuls « bras » qui tombent viennent de Scandinavie. Là où le « topless » écorche le regard autochtone, des pays de grand froid accostent des peaux assoiffées de brises et de soleils radieux. Les seins des Walkiries ballottent gaiement sur leurs carnations d’écorchées et des piercings flamboient au bout de leurs tétons. Vénus de Willendorf, elles présentent leurs formes aux éléments sans autre souci que de bien-être et de chaleur : il sera vite le temps de sombrer « dans les froides ténèbres ». Pas sur nos bords où trop de lumière dénonce, où le physique, pour de beaux jours encore, se contentera dangereusement de suggérer. Fifi ABOUDIB
Tous les jours, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, au dos son sac d’ado et au visage ses boutons d’enfant sage, il allait à son cours de physique. Physique par-ci, physique par-là, cette physique, décidément, c’était toute sa vie. On ne pouvait qu’admirer cette persévérance, cet acharnement obsessionnel qu’il y mettait, sans un livre, sans une page fleurie de vecteurs et de tous ces signes barbares aux thémeux. Au lieu de s’étioler comme font les bourgeons dans la touffeur des serres, lui s’épanouissait. À croire que les quanta décuplaient sa puissance, et que la science des atomes avait quelque chose à voir avec la surprenante saillie de ses veines. Jusqu’à cet accident de physique où il laissa toute sa culture... au gymnase, mais c’est bien sûr ! Le temps de guérir la jambe, la...