Une nuée d’indicateurs ratisse désormais la Colombie à la chasse de la guérilla, avec un premier contingent de 150 000 hommes sur l’autoroute Bogota-Medellin, dans le cadre d’un programme prévu pour un million de civils. Cette initiative sur la principale autoroute du pays (430 km) s’inscrit dans le cadre du plan de « sécurité démocratique » prévu par la président Alvaro Uribe dans un programme marqué à droite avant son triomphe à la présidentielle du 26 mai, avec 53 % des voix dès le premier tour. Le projet vise à mobiliser au total un million d’indicateurs civils pour aider la force publique à mettre fin à 38 ans de guerre civile, avec plus de 200 000 morts et une moyenne de 3 000 enlèvements par an. Décidé à mater les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), principale guérilla avec 17 000 hommes, Alvaro Uribe a déclenché l’état d’exception le 12 août pour accentuer la pression contre les rebelles. Depuis la rupture du processus de paix avec les Farc le 20 février par l’ex-chef de l’État Andrés Pastrana, la violence n’a cessé de s’amplifier, avec pour couronnement une pluie de quinze roquettes lancées sur Bogota vers le palais présidentiel le 7 août par un commando guérillero, avec un bilan de 21 morts et soixante-dix blessés, pendant l’investiture de M. Uribe. Face au non des rebelles à son offre de négociations sous l’égide des Nations unies, le nouveau président a choisi la voie des armes et de la délation pour tenter de réduire une rébellion sans état d’âme, adepte des enlèvements de civils, y compris de bébés, et des attentats aveugles contre la population civile. Tous volontaires, ces informateurs sont invités à « coopérer avec la force publique et la justice pour dénoncer les délits ainsi que les situations suspectes », a révélé la ministre de la Défense, Martha Lucia Ramirez, à l’issue d’un Conseil de sécurité présidé par le chef de l’État près de Medellin, seconde ville avec trois millions d’habitants, dans le nord-ouest. Femme à poigne, l’ancienne ambassadrice de Colombie en France est devenue, un mois après la prise de fonction du président, la plus populaire des ministres selon les derniers sondages. Sa voix douce cache un caractère de fer et une détermination sans limite à faire appliquer aux trois armes la détermination d’Alvaro Uribe à combattre sans relâche les « terroristes ». Les cent cinquante mille volontaires de l’autoroute Bogota-Medellin, comme tous les indicateurs incités par le pouvoir à suivre leur exemple, pourront disposer d’armes, qu’ils devront remettre chaque soir dans les casernes avant de rejoindre leur domicile. Des primes sont prévues à leur intention dans le cas où une dénonciation permettrait l’arrestation d’un présumé coupable de crime ou délit. Ces récompenses peuvent atteindre deux millions de dollars si ces informations conduisent à la détention d’un commandant des Farc, notamment de leur chef, Manuel Marulanda, surnommé « Tirofijo » (dans le mille). Le gouvernement dispose désormais d’un appui sans réserve de Washington pour lutter contre la guérilla. Les États-Unis ont ainsi affirmé lundi que l’armée colombienne satisfaisait aux critères en matière de respect des droits de l’homme, en débloquant près de 42 millions de dollars d’aide à son intention. Cette somme représente 40 % d’une aide globale de 104 millions pour 2002. Une première tranche de plus de 60 millions avait été débloquée en mai, après une première certification du département d’État. Jusqu’ici, l’aide américaine se limitait à la lutte antidrogue dans le cadre du Plan Colombie pour éradiquer les 160 000 ha de coca, utilisée pour produire 580 tonnes de cocaïne par an, record du monde.
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