Dans les rues, dans les forum d’ONG, dans la ruche du centre de conférence, dix jours du sommet mondial sur le développement durable ont produit des scènes, des images ou des sons qui ont, durablement aussi, marqué participants, médias ou observateurs. En voici quelques mots-clefs, par ordre alphabétique : Apartheid – Dans le pays qui s’en libéra, apartheid est devenu une référence-clef en marge du sommet, associée à tout mal perçu : « L’apartheid mondial » excluant les pays pauvres, les « méthodes d’apartheid » de la police fustigées par des manifestants, l’« apartheid israélien » dénoncé par des ONG propalestiniennes. Conflits – L’Irak, le Proche-Orient, le Zimbabwe se sont imposés au sommet, Bagdad profitant de la tribune pour plaider sa volonté de coopérer sur les inspecteurs de désarmement, le président zimbabwéen Mugabe se posant en champion des pays pauvres du Sud avec sa réforme agraire, le Proche-Orient par des échauffourées entre délégués d’ONG propalestiniens ou israéliens, et la crainte de violence faisant annuler une intervention de Shimon Peres. Étanche – Un maillage de sécurité sans précédent de l’avis de Sud-Africains qui s’y connaissent. Policiers à pied, à cheval, en moto avec mitraillette R4 dans le dos, en véhicules blindés avec canon à eau ou mitrailleuse. Sécurité déjouée pourtant au Cap, avec l’escalade par Greenpeace d’une centrale nucléaire, ou à l’aéroport de Johannesburg, avec deux « bombes-tests » non décelées. Déjouée aussi au site du sommet – mais il était sous contrôle Onu, diront les Sud-Africains –, lors de l’interruption du discours du secrétaire d’État américain Colin Powell. Innovation – Éphémères pingouins en glace, pour alerter sur le réchauffement climatique, centaines de statuettes en papier mâché pour symboliser les attentes des peuples, défilé de mode en matière recyclée, bikini en laitue pour inciter au végétarisme, les militants ont rivalisé d’inventivité pour sensibiliser aux maux de la Terre. Kyoto – Le protocole sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre était donné pour mort en mars 2001. Il sort de Johannesburg pratiquement sûr d’être appliqué, après la confirmation mardi par la Russie de son intention de ratifier, venant après une annonce similaire lundi par le Canada et la ratification le 30 août par la Chine. Même si les États-Unis (36,1 % des émissions de référence) n’entendent toujours pas ratifier. Manifestations – Johannesburg redoutait un Seattle ou un Gênes, les autorités n’allaient « pas tolérer l’anarchie », les militants étaient prêts à « marcher sous les balles ». Les manifestations, celle des antisommet surtout, se sont déroulées sans accroc. Les plus calmes depuis très longtemps en Afrique du Sud. Paradis en péril – Parmi les appels les plus poignants, ceux des représentants de micro-États insulaires ou d’archipels, qui ont exhorté à ratifier Kyoto, car le réchauffement climatique et la montée des eaux ont un impact dévastateur sur eux : ainsi Tuvalu (26 km2), ou les Seychelles, « bientôt un écosystème éteint », selon son ministre de l’Environnement Ronny Jumeau. Slogans – Le « sommet de la destruction durable » honni par les ONG antimondialisation, l’« axe du mal environnemental » États-Unis-industries dénoncé par les écologistes, et son « Texan toxique » George W. Bush. « Terre, nourriture, emploi », le slogan simple des démunis manifestant sur Sandton. Townships – Ces grandes cités noires, ex-ghettos mais toujours bidonvilles pour la plupart, ont été des « must » des activités extra-sommet, et devraient connaître des retombées. Visites guidées de délégués, politiciens, médias, les townships comme Alexandra ou Soweto n’ont jamais vu autant de Blancs depuis quinze jours. Étrangers, s’entend. Vulnérables – Les enfants, qui paient le plus lourd tribut aux accidents et aux maladies liées à l’environnement dégradé (la plupart des 4,7 millions de morts en 2000). Et qui ont ému les chefs d’État par un appel lancé par cinq de leur représentants de de 6 à 14 ans, des « bébés » de l’époque de Rio : « De l’action ! », car « on en a assez de se demander s’il va neiger en été ».
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