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James Bond contre le complot des subventions agricoles

James Bond est arrivé avant les chefs d’État à Johannesburg. Pour cette mission de quelques jours, James P. Bond, 53 ans, directeur du développement à la Banque mondiale, continuera, dans l’ombre, à prôner le développement et à dénoncer le complot « malsain » des subventions agricoles. Blond poivre et sel, raie soignée, moustache finement taillée, costume gris clair impeccable, boutons de manchette argentés assortis à de fines et discrètes lunettes : aux costumes sombres et à l’allure ténébreuse de son homonyme, M. Bond, directeur du développement rural, environnemental et social pour la région Afrique, oppose un classicisme et un léger accent qui trahissent une ascendance britannique. « J’ai une mission et elle n’est pas secrète : celle du développement des plus pauvres, un véritable défi », lance d’emblée l’homme aux yeux clairs. Quant à « la coïncidence avec qui vous savez, elle est totalement fortuite ». Né en Afrique du Sud en 1949, James P. Bond avait 13 ans quand son nom est devenu célèbre, avec la sortie du premier opus des aventures de 007, James Bond contre Docteur No. Depuis, il a appris à vivre avec, tout au long d’une carrière qui l’a vu s’exiler d’Afrique du Sud à 23 ans – « je faisais partie de cette génération consciente qui a fui l’apartheid » –, étudier puis travailler en France pour le groupe pétrolier Total, avant d’être recruté par la Banque mondiale à Washington en 1996. Un parcours jalonné de coïncidences : « Chez Total à Paris, je me suis retrouvé dans le bureau n°007. Et à Washington, ma première maison se trouvait au 5007, Elsemer Avenue, à Bethesda ». De la France, il a gardé une épouse, une nationalité, acquise dans les années 70, et le goût des bonnes choses : « Vous savez, vivre à Washington est un énorme fardeau quand on aime le fromage. » M. Bond aime aussi parler de l’Afrique, qu’il a redécouverte en mission : « J’adore ce continent. Au-delà de l’afro-pessimisme, on y sent une énorme solidarité et une joie de vivre uniques. Mais il manque le niveau de vie. » « La Banque mondiale y a fait quelques erreurs dans le passé, mais le bilan est positif dans les pays qui ont voulu se développer. La Banque a beaucoup appris ces dernières années, elle va vers les ONG, elle écoute beaucoup plus », explique-t-il. Soigner l’Afrique passera selon James Bond par « l’intervention directe dans les communautés et l’éradication de la corruption ». Mais aussi et surtout, par l’élimination, par les pays du Nord, de leurs subventions agricoles, « qui empoisonnent la vie des gens productifs dans les pays du Sud ». Selon lui, « Johannesburg aura au moins permis de mettre le doigt sur ces problèmes agricoles malsains », à défaut de les résoudre. L’agent de la Banque mondiale s’attend de son côté à voir des délégués de se faire plaisir en le croisant dans les couloirs : « Hé, James Bond ! Quelle est votre mission ? ». « Au bout du compte, ce nom aura été plus un atout qu’un inconvénient, car il permet de briser la glace », raconte-t-il : « En 1996, en mission au Kazakhstan, un ministre m’a accueilli en me disant : “Mon Dieu ! Mon pays doit être dans une situation vraiment terrible pour qu’on nous envoie James Bond !” »
James Bond est arrivé avant les chefs d’État à Johannesburg. Pour cette mission de quelques jours, James P. Bond, 53 ans, directeur du développement à la Banque mondiale, continuera, dans l’ombre, à prôner le développement et à dénoncer le complot « malsain » des subventions agricoles. Blond poivre et sel, raie soignée, moustache finement taillée, costume gris clair impeccable, boutons de manchette argentés assortis à de fines et discrètes lunettes : aux costumes sombres et à l’allure ténébreuse de son homonyme, M. Bond, directeur du développement rural, environnemental et social pour la région Afrique, oppose un classicisme et un léger accent qui trahissent une ascendance britannique. « J’ai une mission et elle n’est pas secrète : celle du développement des plus pauvres, un véritable défi », lance...