Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Large déficit d’ingrédients de base pour la souveraineté

Un réalisme qui frise l’abattement : pas de souveraineté possible, à l’ombre des bras de fer internationaux et du conflit israélo-arabe. C’est ce que relève un vétéran du métier. L’ancien député-ministre Edmond Rizk lui fait écho, à travers l’équation suivante : – « le Liban ne peut exister que par l’union de ses enfants, tributaire d’une coexistence, qui dépend elle-même de cette égalité que seule peut assurer la liberté, fille de la démocratie, qui ne peut aller sans une indépendance inconcevable sans la souveraineté qui nécessite une force propre. » Or aucune des étiquettes ainsi énumérées n’orne le bocal libanais. L’union fait largement défaut. La coexistence ne se cultive sur aucun fondement politique solide. La souveraineté n’est pas complète, du moment que l’État n’étend pas son autorité à l’ensemble du territoire, ligne bleue comprise, par le truchement de ses seules forces propres. On peut rajouter à la liste un élément essentiel: la sécurité. Qui reste attaquable, tant que subsistent des îlots ou des personnages intouchables. Et tant que toutes les milices ou organisations, libanaises et non libanaises, ne sont pas désarmées. Ainsi du reste que la population. Sur le long terme, et sur le fond, les historiens et les politologues s’accordent pour souligner que jamais les Libanais ne se sont vraiment entendus sur le sens exact à donner à des termes cruciaux comme la souveraineté, l’indépendance et la libre décision nationale. Seulement, suivant les époques, les rôles et les positions semblent s’inverser. Ainsi en 1943, un camp exigeait le départ des Français au profit d’une indépendance effective. Tandis qu’une autre partie se prononçait au contraire pour un traité avec la puissance mandataire parce que la guerre mondiale n’était pas terminée. En 1958, après la chute du pacte de Bagdad, et à la faveur des événements locaux, les forces américaines ont débarqué sur les côtes libanaises, intervenant dans les affaires intérieures de ce pays et dans l’élection présidentielle. Bien entendu, il y avait une partie des Libanais pour et une autre partie contre cet arbitrage musclé. Plus tard, les réfugiés palestiniens s’étant transformés en armée, une fraction locale s’est rangée à leurs côtés et une autre les a combattus. Avec les suites que l’on sait. L’État libanais y a perdu tant de plumes qu’il s’est retrouvé sans pouvoir de décision et sans souveraineté. Alors qu’au contraire, les Palestiniens parvenaient à former une entité autonome si puissante qu’elle imposait au pays-hôte une convention dite du Caire qui rayait pratiquement ce qu’il lui restait de souveraineté. Au bout de la guerre dite des deux ans, l’entrée pacifiante des Syriens a été soutenue par les uns, combattue par les autres; et, quelque temps plus tard, en 78, ils ont échangé leurs casaques. Et puis, au bout de longues épreuves opposant parfois les Libanais entre eux et parfois aux étrangers, il y a eu Taëf. Mais, pour solde de tout compte, le pays a payé au prix fort de son indépendance le prix de ses guerres. Et, de nouveau, les Libanais se divisent au sujet de la souveraineté. Certains soutiennent qu’elle implique de toute évidence le déploiement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire par ses seules forces propres. Tandis que d’autres affirment, au contraire, qu’à l’ombre de la grave situation régionale, cette souveraineté a toujours besoin d’une protection que les forces régulières locales ne sont pas en mesure d’assurer. Ajoutant, comme on sait, qu’en tout cas, les impératifs stratégiques imposent un partenariat étroit avec la Syrie, ce qui, à leur avis, ne signifie pas une altération du concept de souveraineté. Les divergences s’étendent en fait à l’ensemble de ce que l’on appelle les constantes nationales. Tout le monde ou presque s’accorde à réclamer une application complète des accords de Taëf. Mais chacun y met ce qu’il veut. Pour les uns, il s’agit en tout premier lieu de corriger la trajectoire dans les relations avec la Syrie, sur base de redéploiement en prélude à un retrait total. Les autres estiment que le repli a déjà été effectué et que le retrait dépend de l’évolution régionale, surtout à l’ombre de la guerre israélo-palestinienne et des menaces américaines contre l’Irak. Pour eux, exécuter Taëf, ce n’est pas s’occuper de la présence militaire syrienne, mais aboutir à l’abolition du confessionnalisme politique, à la décentralisation administrative, à la création d’un Sénat et autres contingences intérieures. Émile KHOURY
Un réalisme qui frise l’abattement : pas de souveraineté possible, à l’ombre des bras de fer internationaux et du conflit israélo-arabe. C’est ce que relève un vétéran du métier. L’ancien député-ministre Edmond Rizk lui fait écho, à travers l’équation suivante : – « le Liban ne peut exister que par l’union de ses enfants, tributaire d’une coexistence, qui dépend elle-même de cette égalité que seule peut assurer la liberté, fille de la démocratie, qui ne peut aller sans une indépendance inconcevable sans la souveraineté qui nécessite une force propre. » Or aucune des étiquettes ainsi énumérées n’orne le bocal libanais. L’union fait largement défaut. La coexistence ne se cultive sur aucun fondement politique solide. La souveraineté n’est pas complète, du moment que l’État n’étend...