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Actualités - Opinion

Le dialogue engagé suscite du scepticisme

C’est une évidence : sans encadrement, sans organisation technique, le processus du dialogue, enclenché avec la Rencontre de Kornet Chehwane par le régime et qui est appelé à s’étendre, court tout droit à l’impasse. Il faut ou bien élaborer, par synthèse, une plate-forme à transmettre pour finalisation aux institutions constitutionnelles, creuset normal de débat public. Ou bien former un comité de suivi général. Avancer sans ordre de marche, procéder au coup par coup, sans programme, ne peut rien donner. C’est bien pourquoi on entend aujourd’hui beaucoup de sceptiques soutenir que le dialogue est purement parnassien, c’est-à-dire de l’art pour l’art, visant à gagner du temps. En tournant sans cesse en rond. Ces bonnes âmes ajoutent que le dialogue n’aurait pas été engagé si le régime ne s’était vu reprocher avec insistance de s’y dérober. Et s’il n’avait dû intervenir pour calmer les passions, après les attaques lancées contre Kornet Chehwane et le climat redoutable de division que cela entraînait pour le pays. Au moment où la plus forte solidarité intérieure s’impose, face aux périls montants extérieurs. Il fallait donc réagir. D’autant que Abdel-Halim Khaddam avait reproché ouvertement au pouvoir son laxisme en matière de dialogue ouvert à tous. Pour ces sources, le régime s’est emparé de la balle également pour une autre raison : couper l’herbe sous le pied des radicaux dont les vues, à ses yeux, divisent plutôt que de rassembler. Aussi, le président Lahoud a-t-il tenu à souligner que les constantes nationales ne sont pas négociables. Ce qui signifie qu’elles n’entrent pas dans le cadre du dialogue qui doit être consacré à d’autres questions. Lui faisant en quelque sorte écho, la Rencontre de Kornet Chehwane s’est contentée de son côté de généralités, de têtes de chapitres, sans aborder les détails qui fâchent. Et sans présenter de mémoire rappelant des revendications de base que le président Lahoud aurait dû, encore une fois, récuser. En faisant valoir que ce n’est pas à lui, mais aux institutions constitutionnelles ensemble de prendre position à leur sujet. Ainsi, poursuivent ces personnalités, l’on a pudiquement évité d’insister sur la présence militaire syrienne, puisque le pouvoir se refuse absolument à entendre parler d’un retrait. Le général Michel Aoun n’a pas manqué de protester contre cette omission, en indiquant qu’il prendrait ses distances par rapport à la Rencontre s’il ne reçoit pas d’explications convaincantes à ce propos. Le dialogue, enchaînent ces sources, ne porte plus que sur des dossiers intérieurs qui, au niveau des principes, ne donnent pas vraiment lieu à des litiges. Il s’agit, on le sait, de la récession économique, de la réforme administrative ou de la loi électorale. Il peut y avoir certes des controverses dans ces domaines, mais sûrement pas au point que des parties soient accusées de trahison, comme c’est le cas au sujet de la souveraineté, c’est-à-dire des relations avec la Syrie et de sa présence militaire. Or, aujourd’hui comme hier, le régime ne veut discuter ni de ce problème ni du déploiement de l’armée au Sud. Quand il dit que les constantes nationales ne sont pas à débattre, il y inclut les questions à résonance régionale. Il a obtenu gain de cause, soutiennent ces sources. Mais pourquoi la Rencontre de Kornet Chehwane accepte-t-elle de jouer le jeu suivant les règles qui conviennent au pouvoir ? Parce qu’elle y trouve son compte, répondent ces critiques, du fait que le régime peut contribuer à faire stopper les attaques dont certains de ses piliers font l’objet. Cela étant, un ancien ministre n’exclut pas que la voie choisie ne provoque un malaise interne au sein de la Rencontre. Et une éventuelle rupture avec Aoun, au profit d’un rapprochement avec Baabda. Émile KHOURY
C’est une évidence : sans encadrement, sans organisation technique, le processus du dialogue, enclenché avec la Rencontre de Kornet Chehwane par le régime et qui est appelé à s’étendre, court tout droit à l’impasse. Il faut ou bien élaborer, par synthèse, une plate-forme à transmettre pour finalisation aux institutions constitutionnelles, creuset normal de débat public. Ou bien former un comité de suivi général. Avancer sans ordre de marche, procéder au coup par coup, sans programme, ne peut rien donner. C’est bien pourquoi on entend aujourd’hui beaucoup de sceptiques soutenir que le dialogue est purement parnassien, c’est-à-dire de l’art pour l’art, visant à gagner du temps. En tournant sans cesse en rond. Ces bonnes âmes ajoutent que le dialogue n’aurait pas été engagé si le régime ne s’était...