Mais oui, marions-nous, marie-toi, marie-le, marie-la... Puisque la saison s’y prête et que de toute façon on ne sera jamais prêt. Franchir le pas, la grande histoire qui s’achève là pour qu’une autre commence! Ce sont souvent les copains qui poussent à la roue, un peu malgré eux, fascinés par la romance, par un rien de fidélité qui s’installe. Ils soufflent la formule consacrée, intraduisible sinon par « mets-toi raison en tête », car bien sûr, quel meilleur antidote contre la passion ? Contre cet air absent qu’il-elle vous prend, délit de trahison contre la meute, au milieu des soirées les plus folles. Alors voilà, on « écrit le Livre » sans en connaître l’histoire, on court les curés, on va chercher ses « noufouss », mânes oubliés dans les grimoires des municipalités lointaines où il est dit qu’un jour « votre tête chut », même si depuis le macadam des villes vous colle aux semelles. Et qu’est-ce qu’il colle, entre fleuriste, tailleur et traiteur, famille et belle-famille, et ce que veulent les uns, ce que refusent les autres. Tout en haut de la liste « à faire », il y a encore la liste « à déposer ». Ailleurs, on y va désormais sans ambages : on félicite les mariés devant un grand seau à champagne où pétillent les enveloppes qui accompagnent chaque baiser. Chez nous, il faut prendre un détour. Donner à l’entourage l’illusion de participer à l’édification du ménage... qui commence par la ménagère en argent. Une ménagère, ça vous asseoit son ménage dans de belles certitudes. Celle de tenir « maison ouverte », de couper le lien de la bohème pique-nique et de colmater définitivement l’ulcère de l’étudiant. Après avoir longtemps englouti ses sandwiches devant l’ordinateur et partagé au domicile parental la convivialité adolescente de la pizza-télé, il va falloir apprendre à se poser autour d’une table et renvoyer l’ascenseur aux ascendants. En vertu de la ménagère, il faut le savoir, on entre en bourgeoisie. La bande des potes despotes aura pour votre salle à manger le regard de César pour Brutus, fera l’effort de suivre, quelque temps, avec un rien de compassion et beaucoup d’écœurement. Puis se fera à l’idée que l’âge d’homme la rattrape au détour de cet abandon célébré comme une fête, noyé entre tulle et bulles, roses et lilas ; et à son tour dira « peut-être » et enfin dira « oui ». « Oui », tout de même, ça vous trace un sourire. Advienne la vie. Fifi ABOUDIB
Mais oui, marions-nous, marie-toi, marie-le, marie-la... Puisque la saison s’y prête et que de toute façon on ne sera jamais prêt. Franchir le pas, la grande histoire qui s’achève là pour qu’une autre commence! Ce sont souvent les copains qui poussent à la roue, un peu malgré eux, fascinés par la romance, par un rien de fidélité qui s’installe. Ils soufflent la formule consacrée, intraduisible sinon par « mets-toi raison en tête », car bien sûr, quel meilleur antidote contre la passion ? Contre cet air absent qu’il-elle vous prend, délit de trahison contre la meute, au milieu des soirées les plus folles. Alors voilà, on « écrit le Livre » sans en connaître l’histoire, on court les curés, on va chercher ses « noufouss », mânes oubliés dans les grimoires des municipalités lointaines où il est dit...
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