Il s’échauffe la voix avec La luna nova et Era de maggio, de Costa. Et il conclut avec Granada, septième bis de la soirée. José Carreras a étonné les mauvaises langues qui se plaisaient à dire qu’il n’a plus son gosier d’antan. Et il a conforté ses admirateurs dans leur opinion qu’il s’agit du « ténor à la voix d’or ». Le ténor catalan, bien que quelque peu réservé dans ses épanchements physiques, a fait fonctionner son charme. Charme vocal tout d’abord avec son timbre si chaleureux et sa musicalité propre qui lui permettent d’aborder heureusement les canzones napolitaines et zarzuelas sans sacrifier à l’effet et aux coups de glotte à venir. Charme dramatique aussi, aisément perceptible à l’oreille, avec la maturité et l’urgence qu’il donne à L’ultima canzone (Tosti) ou à L’Esule (Verdi). Pas d’amoureux transi ou gnangnan donc ici. Grâce aux écrans géants disposés de part et d’autre de la scène et un troisième en retrait, l’on pouvait voir les expressions faciales des chanteurs: les clins d’œil complices lancés par Carreras à Gimenez, le chef d’orchestre, ses jeux de sourcils, son air mélancolique avant d’entamer Core n’grato (Cardillo) et sa concentration presque religieuse en chantant Pregaria (Alvarez). Carreras a donc puisé dans le répertoire de «chansons napolitaines» et des zarzuelas, des airs rendus fameux par les plus grands ténors italiens: Enrico Caruso, Tito Schipa, di Stephano, entre autres. Chansons affligées ou pleines de verve, douces et langoureuses mélodies. Bon, il est vrai que sa tenue aristocratique sur scène contrastait un chouia avec l’interprétation enflammée, dramatique, de Tawil. La soprano a attaqué avec un exercice de cordes vocales assez difficile: Merce dilette amiche (Verdi). À la dernière note, les applaudissements éclatent. Le public est acquis. Elle se détend. Elle enchaîne avec la complainte bouleversante de La Wally, composée au XIXe siècle par Alfredo Catalani et rendue populaire par le film Diva de Jean-Jacques Beinex en 1981. Voilà bien de quoi attiser les passions ! Deux duos magnifiquement exécutés – Lippen Schweigen (Veuve joyeuse) et Brindisi (Verdi) – recueillent bien des bravos. Pour sa part, l’ultra-harmonieux Budapest Concert Orchestra dirigé par David Gimenez a interprété deux morceaux musicaux : Die Fledermaus ouverture (Strauss) et La Boda de Luis Alonso, intermezzo (Jimènez). Les ovations debout, qui ont duré une bonne demi-heure, illustrent bien les sentiments de gratitude du public. À sa manière, il a dit «merci d’être là, merci d’être vous-mêmes» au ténor catalan et à la soprano libanaise. M.G.H.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il s’échauffe la voix avec La luna nova et Era de maggio, de Costa. Et il conclut avec Granada, septième bis de la soirée. José Carreras a étonné les mauvaises langues qui se plaisaient à dire qu’il n’a plus son gosier d’antan. Et il a conforté ses admirateurs dans leur opinion qu’il s’agit du « ténor à la voix d’or ». Le ténor catalan, bien que quelque peu réservé dans ses épanchements physiques, a fait fonctionner son charme. Charme vocal tout d’abord avec son timbre si chaleureux et sa musicalité propre qui lui permettent d’aborder heureusement les canzones napolitaines et zarzuelas sans sacrifier à l’effet et aux coups de glotte à venir. Charme dramatique aussi, aisément perceptible à l’oreille, avec la maturité et l’urgence qu’il donne à L’ultima canzone (Tosti) ou à L’Esule...