Quelque 750 000 Palestiniens de Cisjordanie devront s’adapter à la présence de l’armée israélienne qui compte rester longtemps dans leurs villes ou villages, et les responsables locaux sont confrontés à un dilemme pour savoir comment gérer leurs affaires. Selon des analystes palestiniens et israéliens, Israël pourrait maintenir jusqu’en janvier, date des élections palestiniennes, la réoccupation de sept des huit principales villes de Cisjordanie, où il a lancé une opération d’envergure dans la foulée de deux attentats sanglants palestiniens. Pendant cette période, les Palestiniens tenteront de s’opposer aux tentatives israéliennes de court-circuiter l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat et de couper les villes les unes des autres, expliquent des analystes palestiniens. Hier, le maire de la ville de Ramallah, Ayyoub Rabah, et celui de la localité d’el-Bireh, Walid Hamad, ont affirmé avoir d’ores et déjà été approchés par des responsables israéliens et indiqué avoir rejeté leur offre de collaborer pour la gestion de leur localité. « Les Israéliens nous ont appelés et demandé de leur fournir la liste des employés chargés du nettoyage des rues et le nombre de véhicules dont nous disposons, mais nous avons refusé », a affirmé M. Hamad. Pour le politologue palestinien, Ali al-Jarbaoui, Israël tente de passer outre l’Autorité palestinienne afin d’écarter M. Arafat, mais devra limiter son occupation aux aspects purement sécuritaires et non civils. Parmi ces mesures sécuritaires, la délivrance des laissez-passer ou d’autorisations pour circuler entre les villes de Cisjordanie. Nombreux seront ceux qui s’opposeront à cette décision, a ajouté M. Jarbaoui. « Des poches de résistance vont se former dans les prochains mois », prédit-il. Le ministre palestinien de l’Information, Yasser Abed Rabbo, a affirmé de con côté qu’Israël avait déjà commencé à élever des clôtures autour de Kalkiliya et de Tulkarem, deux villes réoccupées du nord de la Cisjordanie, les isolant des autres villes. « La population ne va pas accepter ces mesures, elle y fera face » a-t-il dit, sans plus de précisions. Israël a répété ne pas vouloir réinstaller l’administration civile qu’il exerçait en Cisjordanie avant les accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne. Mais il a indiqué souhaiter contourner l’Autorité palestinienne qui est selon lui « corrompue » et compromise par ses liens avec les militants extrémistes responsables de plusieurs attaques anti-israéliennes. « Si l’occupation se poursuit pendant des mois, le travail de la municipalité sera durement affecté », estime le maire d’el-Bireh, relevant que les employés de la voirie n’avaient pu travailler pendant des jours, bloqués par les couvre-feux israéliens. « Si les Israéliens restent longtemps, les ordures vont s’entasser », dit-il. Selon lui, la population n’a de plus pas pu payer ses factures durant cette occupation, ce qui grève encore les finances municipales. M. Rabah a indiqué pour sa part que la situation avait déjà bloqué tous les chantiers de sa ville, Ramallah, comme la réfection des routes. Mais « nous ne nous accorderons jamais avec les Israéliens même s’ils restent plus de six mois », a-t-il ajouté. Raanan Gissin, porte-parole du Premier ministre israélien Ariel Sharon, a indiqué que le gouvernement étudiait les moyens de faciliter la vie aux Palestiniens de Cisjordanie. Selon lui, l’aide des pays donateurs et des agences humanitaires doit aller « directement au peuple palestinien », sans passer par les forces de sécurité palestiniennes accusées d’en détourner une partie.
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