Deux attentats-suicide palestiniens en 36 heures, à l’origine de la décision israélienne de réoccuper sine die une partie des zones autonomes de Cisjordanie, ont accéléré la détérioration graduelle, mais apparemment inéluctable, du conflit. Dans l’immédiat, ces deux attentats ont, une fois de plus, réduit à néant les efforts de la diplomatie, essentiellement américaine. La Maison-Blanche a ainsi annoncé après l’attentat de mercredi que le président George W. Bush avait repoussé à une date indéterminée le discours dans lequel il devrait dévoiler la stratégie de Washington pour tenter de ressusciter le processus de paix. Or ce discours constitue l’unique petite lueur d’espoir dans la situation dramatique qui prévaut actuellement. Les événements des derniers jours ont rappelé que le conflit israélo-palestinien était un éternel recommencement et que les extrémistes palestiniens auteurs de ces attentats en déterminaient le tempo. « Tout d’un coup nous voilà revenus trois mois en arrière, à l’époque des jours de “Mars noir” », affirme dans un éditorial le quotidien Maariv. En mars, plus de 120 Israéliens avaient été tués durant une déferlante quasi quotidienne d’attentats-suicide, dont l’un, le soir de la Pâque juive, avait coûté la vie à 29 personnes. Deux jours plus tard, le Premier ministre Ariel Sharon déclenchait en Cisjordanie la plus grande offensive militaire israélienne depuis la conquête de ce territoire, en juin 1967, afin de démanteler « l’infrastructure terroriste ». Pendant quelques semaines, les attentats avaient pratiquement cessé. Mais six semaines après la fin officielle de cette opération, ils ont repris de plus belle. Comme en mars, les Israéliens vivent de nouveau dans la psychose du kamikaze, surtout à Jérusalem, où les alertes sont quotidiennes. Comme en mars, les photos des victimes des carnages, dont des enfants, occupent la première page des journaux, alors que les journaux télévisés ouvrent systématiquement sur des images de funérailles. Mais le pire, pour les Israéliens, est sans doute le sentiment d’impuissance qu’ils éprouvent face aux attentats et la conviction que le conflit ne peut qu’empirer. Les auteurs des attentats de Jérusalem, les islamistes du Hamas comme les Brigades des martyrs d’al-Aqsa, un groupe armé issu du Fateh du président Yasser Arafat, ont, en effet, averti qu’ils continueraient leurs attentats. L’appel lancé mercredi soir par M. Arafat aux Palestiniens pour qu’ils mettent fin aux attentats-suicide risque donc fort de n’avoir aucun effet. M. Sharon, à défaut de déporter M. Arafat des Territoires, a opté pour une mesure intermédiaire, à savoir qu’après chaque attaque, l’armée réoccupera certaines zones des territoires confiés par les accords d’Oslo à l’Autorité palestinienne. Dans la pratique, cette mesure semble devoir être le coup de grâce pour ces accords et pour l’Autorité palestinienne, déjà vidés de toute substance par les multiples incursions israéliennes ces derniers mois en zones autonomes. La reprise des attentats-suicide a aussi eu pour effet immédiat de provoquer un durcissement tous azimuts en Israël, qui compliquera une éventuelle reprise du dialogue. Un éditorial au vitriol en première page du quotidien populaire Maariv donne une idée de l’état d’esprit d’une partie croissante des Israéliens. « Vous êtes une société suicidaire et terroriste (...) qui veut nous étreindre et nous exploser à la figure afin de se détruire et de nous détruire en même temps », lance l’auteur de l’éditorial, Amnon Dankner, rédacteur en chef du journal, en s’adressant directement aux Palestiniens pour leur demander « quelle sorte d’êtres humains êtes-vous donc ? »
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