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Actualités - Opinion

IMPRESSION Touristes, le retour

C’est une histoire juive, comme les juifs, champions de l’autodérision, aiment à les raconter : Dans une ruelle commerçante, Lévy affiche à sa devanture : « Lévy, le plus grand magasin du monde ». Voyant que le procédé paye, son voisin Nathan s’offre une magnifique enseigne avec : « Chez Nathan, le plus beau magasin du monde ». Coincé entre les deux échoppes, le minuscule étalage de Blum fait pâle figure. Le lendemain, juché sur une échelle, trois clous entre les dents, on le voit placarder : « Ici, entrée des magasins »… C’est un peu notre histoire, amis touristes qui avez, paraît-il, surbooké nos hôtels au seuil des grandes vacances. Objectivement, ce n’est ni le plus grand – loin de là – ni, sauf à nos yeux, le plus beau pays du monde que vous vous proposez de découvrir. Mais soit pour entrer en Orient, soit pour en sortir, félicitations, vous avez choisi la bonne porte. Déjà le port de Beyrouth vous tend si loin son nouveau quai, que de la mer il en paraît manchot. On ne vous accueillera pas sur l’air de dirladada, ce n’est pas encore le Club Med bien que la Med, vous êtes en plein dedans. On ne vous dansera pas le tamouré, on ne fleurira pas vos poitrines encore blanches déjà ouvertes au soleil : nos traditions sont moins exubérantes, et vous trouverez peut-être austère la poignée de main d’un peuple aussi heureux de vous voir arriver. Et puis, voyez-vous, cela fait si longtemps que la joie le cède à l’angoisse. On guettera vos regards, vos sourires : sont-ils heureux, reviendront-ils ? À force de vivre sur cette longue plage, notre culture est large du large d’où vous venez. Elle est faite d’adieux et de bienvenues, de langues multiples, de services spontanés, de commerce, mot fabuleux qui évoque aussi bien l’échange de marchandises que de pensées, de sentiments que d’intimités, à lui seul un concentré des relations humaines. Plus que la manne de vos devises sur laquelle nous avons pourtant parié tout l’argent que nous n’avions pas, c’est la perspective d’exercer à nouveau notre vocation ancestrale qui nous réjouit. Que personne ne vienne chez vous, c’est comme si vous n’existiez pas. Longtemps, comme pour tromper notre attente, c’est entre nous que nous avons joué la grande scène du débarquement joyeux. Avec force surenchères, c’est à nos pairs que nous avons offert le meilleur de notre cuisine et nos plus belles tables, pour nos concitoyens, les grands moments des festivals et le centre-ville de toutes les fêtes. Et combien avons-nous désespéré de jamais pouvoir nous satisfaire. Car chacun de nous, même invité, a le regard impitoyable de l’hôte. Amis touristes, demandez le programme. Que vous veniez de l’Arabie heureuse assoiffés d’Occident ou que des cieux plombés vous mènent à nos rivages, plus que la mer et plus que la qualité de l’hôtellerie – on trouve au moins aussi bien ailleurs –, vous trouverez chez nous le labyrinthe du monde et les guides qui vont avec. Et souvent, comme d’autres avant vous, vous n’aurez plus besoin d’aller plus loin… pour très longtemps. Fifi ABOUDIB
C’est une histoire juive, comme les juifs, champions de l’autodérision, aiment à les raconter : Dans une ruelle commerçante, Lévy affiche à sa devanture : « Lévy, le plus grand magasin du monde ». Voyant que le procédé paye, son voisin Nathan s’offre une magnifique enseigne avec : « Chez Nathan, le plus beau magasin du monde ». Coincé entre les deux échoppes, le minuscule étalage de Blum fait pâle figure. Le lendemain, juché sur une échelle, trois clous entre les dents, on le voit placarder : « Ici, entrée des magasins »… C’est un peu notre histoire, amis touristes qui avez, paraît-il, surbooké nos hôtels au seuil des grandes vacances. Objectivement, ce n’est ni le plus grand – loin de là – ni, sauf à nos yeux, le plus beau pays du monde que vous vous proposez de découvrir. Mais soit pour entrer...