Le Japon a décroché une qualification historique pour les huitièmes de finale du Mondial 2002 de football en battant 2 à 0 une faible équipe de Tunisie grâce à deux joueurs entrés en seconde mi-temps, Hiroaki Morishima et Daisuke Ichikawa. Morishima est entré en jeu à la 46e minute et a ouvert le score deux minutes plus tard. Lancé en même temps, Ichikawa a apporté énormément en percussion côté droit et a servi sur un plateau Hidetoshi Nakata pour le second but – de la tête – de cette victoire qui permet aux Japonais de rencontrer la Turquie en huitièmes de finale. L’entraîneur français du Japon, Philippe Troussier, n’a d’ailleurs pas manqué de féliciter ces deux joueurs à l’issue de la rencontre. « C’était un coup de poker, mais il fallait le tenter. En plus, le match était à Osaka, et c’est la ville où le club de Morishima évolue en championnat japonais (Cerezo Osaka). Quant à Ichikawa, il a apporté beaucoup de profondeur dans le jeu dès son entrée », a indiqué Troussier. Les deux hommes, transcendés par la joie incroyable des 45 000 supporteurs japonais, tous vêtus du maillot bleu foncé de l’équipe nationale, après le premier but, ont débridé le jeu nippon par leurs accélérations et leur enthousiasme, qui frôlaient parfois le « hourrah football ». Ichikawa servait ainsi encore Morishima, dont la tête trouvait le poteau du portier tunisien de Bastia Ali Boumnijel (53). Il est vrai que jusqu’à leur entrée en jeu, le spectacle proposé par la formation du Soleil levant s’était révélée des plus ternes. Les « samouraïs », comme les appelle Troussier, dominaient sans partage la partie, mais ne pesaient pas sur le déroulement du match, et se créaient peu d’occasions. Superjokers Il fallait d’ailleurs attendre la 34e minute pour voir le premier tir cadré de la partie, quand Atsushi Yanagisawa frappait une balle bien négociée par le gardien des « Aigles de Carthage ». Selon Troussier, ses joueurs étaient « bloqués » en première mi-temps par la peur de prendre un but. Les Japonais pouvaient pourtant se contenter d’un nul, voire d’une défaite par un but d’écart en fonction des autres résultats du groupe H pour se qualifier pour les huitièmes de finale. L’équipe titularisée par le « sorcier blanc » français en première période semblait plutôt pécher par un excès de sérieux, s’appliquant trop à respecter les consignes. Manquaient en première période ce grain de fantaisie et cette prise de risque ou d’initiative qui permettent de changer le rythme d’une rencontre, ou de surprendre un adversaire. Troussier a souvent reproché à ses joueurs de rester cloisonnés dans leur secteur de jeu, un défenseur latéral nippon se risquant ainsi rarement à porter le danger à l’avant. C’est ce qu’ont su faire Morishima et Ichikawa, les deux superjokers, pour la joie de tout un peuple. Les Japonais devront s’inspirer de l’énergie et de l’envie de ces deux joueurs pour aller plus loin dans le Mondial 2002. Car peu d’équipes laisseront maintenant le Japon mettre une mi-temps pour entrer dans un match, comme l’a fait une bien pâle équipe de Tunisie. Déclarations Slim Ben Achour (milieu de terrain de la Tunisie) : « Le Japon a très bien joué, avec des mouvements rapides. Et Hidetoshi Nakata et Shinji Ono ont vraiment pesé sur le jeu. Je suis un peu triste avec notre élimination, et aussi parce que d’autres équipes africaines ont été éliminées. Ce n’est pas bon pour le football africain ». Junichi Inamoto (milieu de terrain du Japon) : « Je ne pense pas que nous ayons manqué de rapidité dans les phases d’attaque en première période. Je ne pensais pas que les Tunisiens seraient encore capables d’attaquer après que nous eûmes ouvert le score. Mais nous avons pu les contenir grâce à notre bon travail collectif. » Daisuke Ichikawa (auteur d’une passe décisive sur le deuxième but) : « J’ai adressé pas mal de passes qui n’ont rien donné. Mais je n’étais pas inquiet. Je savais que ça finirait par marcher. C’est ce qui s’est passé avec Hidetoshi Nakata. Je m’entends bien sur le terrain avec Hidetoshi Nakata, et j’essaie souvent de lui donner la balle dans le dos des défenseurs. Nous avons développé une grosse confiance dans notre travail collectif. Nous pensons que nous pouvons aller plus loin dans ce Mondial, et nous avons l’avantage de jouer chez nous, devant notre public. » Belgique : Waseige et les Diables font taire leurs détracteurs En s’imposant 3 buts à 2 face à la Russie hier à Shizuoka, l’équipe de Belgique s’est offert le difficile privilège de rencontrer le Brésil en huitièmes de finale du Mondial 2002 de football, lundi à Kobe, mais a aussi fait taire ses détracteurs... belges « qui étaient allés trop loin dans la critique », a estimé le sélectionneur Robert Waseige. Taxé d’incompétence par une partie de la presse flamande qui lui reprochait d’avoir perdu tout contrôle sur son groupe de joueurs, l’entraîneur francophone a répondu sur le terrain et doit savourer le spectacle offert par ses troupes et l’issue positive de la rencontre d’hier. « Si certains journalistes ont été remis à leur niveau, je ne vais pas m’en plaindre, mais ma principale satisfaction vient de notre bon bilan à l’issue du premier tour », a indiqué le Liégeois après la rencontre. « Deux matches nuls, une victoire face à la Russie et six buts inscrits, c’est excellent », s’est-il réjoui. À juste titre. Wilmots buteur Symbole de la réussite des Belges, le capitaine Marc Wilmots savoure lui aussi le succès des siens. « La Russie est quand même une grande nation du football avec des joueurs qui évoluent dans de grands clubs. Et nous l’avons battue. Cela veut dire quelque chose. Je suis fier de l’équipe », a dit le joueur de Schalke 04 (Allemagne). Un joueur, élu homme du match par la Fédération internationale (Fifa), et qui réalise une première partie de Coupe du monde remarquable. Avec trois buts déjà à son compteur, un à chaque sortie. Willie en est à cinq buts inscrits en phase finale de Coupe du monde (un record pour un Belge) et, avec 28 buts marqués en équipe nationale, il n’est plus qu’à deux réalisations du record de l’illustre Paul Van Himst. « Ce record ne m’obsède pas. Ce qui compte maintenant, c’est que nous faisions un bon match contre le Brésil. Nous n’aurons évidemment rien à perdre et nous aurons de l’espace », a assuré celui que les journalistes allemands surnomment le bulldozer de Gelsenkirchen. Un match face au Brésil que Wilmots ne jouera cependant peut-être pas. « Ma cheville et mon genou (droits) m’ont fait terriblement souffrir pendant le match. Si je ne suis pas à 100 % lundi, je préfère céder ma place à un autre », a-t-il regretté. Toute la Belgique est désormais suspendue à la jambe droite de son héros. Déclarations Robert Waseige (sélectionneur de la Belgique) : « Nous sommes très heureux. Vous savez, nos plus grands détracteurs se trouvent curieusement en Belgique. Une partie de la presse est vraiment allée trop loin dans sa critique négative ces derniers jours. Nous avons montré à cette presse que notre équipe n’est pas encore prête à être jetée. Le scénario du match a été bon et cela s’est bien terminé. La note avait été donnée par le superbe coup franc de Walem. Cinq points et six buts inscrits en trois rencontres, c’est un très bon bilan. Aujourd’hui, on a retrouvé le bon jeu à la belge avec beaucoup de profondeur dans nos actions. Le mérite de l’ensemble de la délégation, des joueurs, du staff technique est très grand. Je ressens une grande fierté à pouvoir rencontrer le Brésil. Et une double satisfaction puisque ce sera au deuxième tour. Notre responsabilité grandit aussi, car il faudra être à la hauteur de l’événement. » Oleg Romantsev (sélectionneur de la Russie) : « Ce résultat est le reflet de notre niveau. Mon équipe était très nerveuse aujourd’hui. Même à 1-1 quand nous avons repris un moment le contrôle de la partie, la peur d’encaisser un second but a été plus forte que notre envie d’en inscrire un deuxième. Nous avons pourtant eu des possibilités pour prendre l’avantage 2-1. Mes joueurs ont beaucoup de talent, mais peu d’entre eux ont vraiment évolué à leur véritable niveau durant ce Mondial. » Marc Wilmots (désigné homme du match) : « En football, la vérité se trouve toujours sur le terrain et non dans les articles de presse. Je suis très heureux de cette victoire surtout pour l’entraîneur qui a été attaqué de façon lamentable par la presse ces derniers jours. Aujourd’hui nous avons fait une bonne publicité pour le football belge face à la Russie, une grande nation du football. » Un Brésil d’attaque rêve déjà à la « penta » Les joueurs d’une sélection du Brésil, que l’on disait moribonde il y a quelques mois, commencent à croire en leur étoile, celle d’un cinquième titre mondial, la « penta », après leurs trois victoires dans le groupe A. La « seleçao » est la seule équipe avec l’Espagne à avoir réussi ce carton plein même si, comme ne manquent pas de le relever de futurs adversaires potentiels comme l’entraîneur allemand Rudi Voeller, « le groupe du Brésil était plus facile » que celui de leurs principaux concurrents. La Turquie (2-1), le Costa Rica (5-2) et la Chine (4-0), modestes 22e, 29e et 50e au classement Fifa, ont été tour à tour battus par le Brésil dont le sélectionneur Luiz Felipe Scolari admet désormais que son équipe « fait partie » des vainqueurs potentiels du tournoi, malgré l’inquiétante fébrilité de sa défense. Le principal enseignement positif de ce début de Mondial est l’efficacité retrouvée de ses attaquants, notamment de Ronaldo, dont le retour de ses blessures semble enfin gagnant. Avec onze buts, la « seleçao » version 2002 est la plus efficace depuis 1950 et l’institution des poules à quatre équipes au premier tour. Avec quatre réalisations (le but inscrit contre son camp par Luis Marin a été crédité au Brésilien), soit autant que durant tout le Mondial 1998, Ronaldo a été plus prolifique qu’Adémir en 1950 (3 buts au premier tour), Vava en 1958 (2), Pelé et Jairzinho en 1970 (3) ou Zico en 1982 (3). Avec trois buts, Rivaldo contribue également à cette verve offensive. Ce bilan, qui donne raison au choix de Scolari de ne pas sélectionner l’enfant chéri du pays Romario, pourrait promettre un avenir d’autant plus radieux aux Brésiliens que leurs adversaires en huitième, les Belges, ne semblent pas particulièrement redoutables. Défense fébrile Mais la défense à trois – une formule inédite au Brésil – est apparue aussi fébrile que l’attaque a été prolifique. Les Costaricains ont marqué deux fois par Ronald Gomez et Watson Wanchope, soit un avant de l’OFI Crète, un club qui ne tient pas le haut du pavé en D1 grecque, et l’attaquant de Manchester City l’an passé en deuxième division anglaise. Même les Chinois ont trouvé le poteau de Marcos, tandis que la Turquie, avec un peu plus d’expérience, aurait pu faire payer aux Brésiliens leurs errements défensifs par une défaite. Lucio, Roque Junior et Anderson Polga devront s’améliorer avant les quarts où ils devront réduire au silence soit les Danois Ebbe Sand et Jon Dahl Tomasson, soit les Anglais Michael Owen et David Beckham, qui évoluent à un tout autre niveau. Scolari, conscient des insuffisances de son équipe, appelle ses joueurs à l’« humilité ». Un souhait auquel tous ne semblent pas disposés à répondre : « Si nous continuons à jouer comme ça, il n’est pas difficile d’imaginer que nous serons finalistes », lance Rivaldo. Selon Juninho Paulista, le Brésil « sera toujours capable de marquer plus que l’adversaire ». C’est ce que pensaient Zico, Socrates, Eder, Serginho et Falcao en 1982. Jusqu’à ce que l’Italien Paolo Rossi, avec trois buts, ne fasse payer comptant leur laxisme défensif aux Brésiliens.
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