L’arrivée à Paris vendredi du président sortant malgache Didier Ratsiraka avec sa famille à bord d’un avion français semble indiquer qu’il a abandonné la partie contre son rival Marc Ravalomanana dans le conflit qui déchire la grande île depuis décembre 2001. Quelques heures après son arrivée en France tôt vendredi matin, son rival et président élu de Madagascar lançait un « appel solennel à la réconciliation » à destination de tous les Malgaches alors que ses forces prenaient sans résistance le port stratégique de Mahajenga (nord-ouest), jusqu’alors tenu par les miliciens de Ratsiraka. « Il est grand temps que nous nous réconciliions », a dit, en malgache, M. Ravalomanana depuis le palais présidentiel de la capitale. « Je fais le vœu que les Malgaches se serrent les coudes et travaillent avec nous pour le développement économique et social. Nous avons commencé à démanteler les barrages, nous allons continuer, mais nous voulons éviter autant que possible les violences », a-t-il conclu. Mais pour l’ambassadeur de Madagascar à Paris, Malala-zo Raolison, la venue à Paris de Ratsiraka « est une visite de travail ». « Ce n’est pas un départ définitif », a-t-il dit. « Les Français l’ont exfiltré. Je pense que c’est la fin politique de Ratsiraka. Je suis convaincu qu’il ne reviendra pas en tant que chef d’État à Madagascar », indiquait vendredi à Paris le rédacteur en chef de Madagascar Magazine, Alain Rajaonarivony. « Son départ me fait penser à celui du maréchal Mobutu » de Kinshasa en 1997, a estimé ce journaliste, défenseur des droits de l’homme et qui soutient Marc Ravalomanana. Le départ jeudi soir de Ratsiraka de son fief-refuge de Toamasina (Tamatave du temps de la colonie), sur la côte est, a surpris par sa précipitation. Il est parti avec son épouse Céline et sa fille Sophie, selon une source malgache à Paris. « Le fait qu’il soit parti avec sa famille laisse penser qu’il ne reviendra pas de sitôt », estime cette source. Dans les milieux malgaches d’opposition à Ratsiraka à Paris, on estime que les médiateurs français présents le 9 juin à la réunion dite de Dakar II qui s’est achevée sans accord ont dit au président sortant : « Maintenant, vous avez perdu, il faut que vous vous en alliez. » L’engagement de Paris à trouver une solution à la crise qui s’aggravait a été manifeste depuis le voyage à Libreville et Dakar du nouveau ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, en coopération avec l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Lorsque la crise a éclaté en décembre 2001, après le premier tour de la présidentielle, Paris avait d’abord semblé hésiter entre le traditionnel soutien à Ratsiraka et la reconnaissance de Ravalomanana, qui disposait d’un fort soutien populaire et des Églises, et dont l’élection a depuis été entérinée par la Haute Cour constitutionnelle malgache. À la suite de la réunion de Dakar 1, le 16 avril, Paris a essayé, sans succès, de convaincre Ratsiraka de rester à Paris où il était venu avec sa femme pour des examens médicaux. « Une décision africaine est maintenant urgente », a déclaré vendredi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, François Rivasseau. « Nous voulons une solution pacifique et politique, une solution africaine, une solution rapide qui permette de mobiliser rapidement l’aide internationale dont Madagascar a besoin », a-t-il ajouté. « Ce qu’il faut, c’est lui trouver une sortie honorable », indiquait une source proche du dossier. La sortie honorable, s’il devait se confirmer dans les prochains jours que le président sortant n’a plus l’intention de revendiquer le pouvoir, pourrait se faire au moment de la réunion de l’organe central des chefs d’État de l’OUA qui doit se tenir prochainement, peut-être, au Gabon.
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