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Actualités - Chronologie

MÉDITERRANÉE Conférence sur l’impact économique des processus de paix

Franck Debié, professeur à l’École normale supérieure, en France, et à l’École supérieure des affaires, à Beyrouth, a donné hier à l’Esa une conférence sur le thème : « Quelle économie pour la paix en Méditerranée ? » L’auteur du livre La paix en miettes (éd. PUF, 2000) s’est en fait interrogé sur les types de reconstructions économiques qui ont accompagné les différents processus de paix dans l’espace méditerranéen, à la suite des accords intervenus entre l’Égypte et Israël, la Jordanie et Israël, les accords d’Oslo, les accords de paix pour la Croatie, le Kosovo, la Serbie. Une question d’autant plus légitime que cette région du monde a été relativement bien servie en matière d’assistance financière étrangère. Bien que contrasté en fonction des pays, le bilan est globalement décevant si ce n’est franchement négatif. L’aspect commercial, détaillé au cours de l’exposé, en est l’un des exemples les plus frappants : le volume des échanges méditerranéens est resté très faible. Entre l’Égypte et Israël, par exemple, ils sont inférieurs à 200 millions de dollars par an, tandis que les investissements directs croisés sont inférieurs à 50 millions de dollars. M. Debié estime même que l’échec du processus d’Oslo entre Palestiniens et Israéliens doit beaucoup à des considérations économiques. L’asymétrie douanière créée par l’accord de Paris, volet économique d’Oslo, a rendu l’Autorité palestinienne dépendante d’Israël. L’accord prévoyait en effet d’instituer un tarif extérieur commun à Israël et à l’Autorité palestinienne. Ces taxes douanières étaient perçues par Israël et reversées à l’Autorité palestinienne. Outre le pouvoir discrétionnaire ainsi concédé au gouvernement israélien, cet accord douanier a provoqué des distorsions graves puisque les tarifs pratiqués ne correspondaient pas du tout au pouvoir d’achat de la population palestinienne alors qu’ils étaient adaptés à celui de la population israélienne. L’accord a certes prévu la possibilité de pratiquer des tarifs différents pour certains produits destinés uniquement aux Palestiniens (leur quantité étant limitée pour éviter le dumping), mais la liste de ces produits devait obtenir l’aval israélien. En pratique, les Palestiniens se sont trouvés dans l’incapacité d’importer des matières premières pour développer une industrie locale, par exemple. Si on ajoute à cette asymétrie douanière le cloisonnement de l’espace palestinien, on comprend pourquoi la croissance n’a jamais été au rendez-vous (sauf en 1999) contrairement à la littérature d’Oslo qui voyait déjà la Cisjordanie transformée en Singapour. Aujourd’hui, le problème qui se pose est évidemment d’une nature différente pour l’économie palestinienne confrontée à des destructions d’actifs. La situation palestinienne est un exemple parmi d’autres de l’exposé de Franck Debié qui a notamment qualifié la Bosnie-Herzégovine, née des accords de Dayton en 1995, de « fiction comptable de l’aide internationale ». Cloisonnée, compartimentée en espaces isolés l’un de l’autre, la région a vu des pans entiers de son secteur productif disparaître. Dans certains pays, « plus de 50 % des producteurs ont disparu » tandis que les survivants ne s’adressent qu’à un segment étroit de consommateurs. De cette observation, le professeur tire plusieurs enseignements quant aux modalités de la réintégration de ces économies dans le marché international. Celle-ci sera d’autant plus réussie, selon lui, que le degré d’ouverture de ces économies sera grand, et que la reconstruction du marché national sera rapide. À cet égard, Franck Debié casse le mythe selon lequel la croissance pourrait se nourrir uniquement des exportations. « Il est assez rare de réussir sur un marché extérieur, plus grand, si on ne réussit pas d’abord sur son marché local », dit-il. À condition bien sûr que le marché local soit soumis à la concurrence étrangère. Et de citer l’exemple des « rares » exportateurs égyptiens, tournés vers l’Irak où on leur sert des marges importantes, mais qui sont incapables de profiter de l’ouverture du marché européen. « Ils ne se sont pas posé la question de leurs coûts de production, de l’utilisation de leur main-d’œuvre bon marché, de leur système de financement. » Partant de ce principe, M. Debié apporte une recommandation au Liban, dont il avoue ne pas connaître les détails de la situation macroéconomique : « Posez-vous la question de savoir comment redistribuer le pouvoir d’achat. » Car il faut d’abord être compétitif chez soi avant d’espérer conquérir d’autres marchés. S.R.
Franck Debié, professeur à l’École normale supérieure, en France, et à l’École supérieure des affaires, à Beyrouth, a donné hier à l’Esa une conférence sur le thème : « Quelle économie pour la paix en Méditerranée ? » L’auteur du livre La paix en miettes (éd. PUF, 2000) s’est en fait interrogé sur les types de reconstructions économiques qui ont accompagné les différents processus de paix dans l’espace méditerranéen, à la suite des accords intervenus entre l’Égypte et Israël, la Jordanie et Israël, les accords d’Oslo, les accords de paix pour la Croatie, le Kosovo, la Serbie. Une question d’autant plus légitime que cette région du monde a été relativement bien servie en matière d’assistance financière étrangère. Bien que contrasté en fonction des pays, le bilan est globalement...